EMDR - Dépression : comprendre et agir avec l’EMDR et les TCC
Florence CHATENET propose au Cabinet Flora Mentis à Oyonnax un accompagnement des difficultés dépressives pouvant associer TCC et EMDR selon la situation. Les consultations sont également proposées en visioconférence partout en France et depuis l’étranger, notamment aux Français expatriés et aux personnes francophones souhaitant bénéficier d’un accompagnement en français.
Les pensées dépressives
La personne peut progressivement développer des pensées comme :
- « Je ne vaux rien. »
- « Je suis un échec. »
- « Je n’arriverai jamais à m’en sortir. »
- « Je déçois tout le monde. »
- « Rien ne changera. »
- « Je suis un poids pour les autres. »
- « Les autres sont mieux que moi. »
- « Je n’ai plus d’avenir. »
Ces pensées ne sont pas de simples opinions rationnelles. Elles peuvent être renforcées par la fatigue, les émotions, les souvenirs douloureux et le retrait progressif des activités.
Le cercle vicieux de la dépression
La fatigue et la perte de motivation entraînent souvent une diminution des activités.
La personne sort moins, voit moins de monde, abandonne certaines tâches et ne reçoit plus les expériences positives qui pourraient améliorer son humeur.
Elle peut alors se reprocher son inactivité :
« Je ne fais plus rien, donc je suis incapable. »
Cette pensée augmente la tristesse, la culpabilité et le découragement, ce qui conduit à encore moins d’activités.
Le cercle vicieux peut ainsi devenir :
Tristesse ou fatigue → diminution des activités → moins de satisfactions → dévalorisation → retrait supplémentaire → aggravation de la dépression.
La dépression ne correspond pas à une simple baisse de moral, à un manque de volonté ou à une faiblesse personnelle. Il s’agit d’un trouble psychique pouvant modifier durablement l’humeur, les pensées, le fonctionnement corporel, les relations et la capacité à accomplir les activités quotidiennes.
Elle peut apparaître après un événement de vie difficile, s’installer progressivement dans un contexte d’épuisement ou être favorisée par plusieurs facteurs psychologiques, relationnels, sociaux, médicaux et biologiques.
La prise en charge doit être adaptée à chaque personne, à la sévérité des symptômes, à leur ancienneté, aux événements associés et à l’existence éventuelle d’autres troubles.
Les traitements psychologiques reconnus de la dépression comprennent notamment les thérapies cognitivo-comportementales, l’activation comportementale, la thérapie interpersonnelle et certaines thérapies de résolution de problèmes. Selon la sévérité de la dépression, un traitement médicamenteux peut également être proposé par un médecin.
Quels sont les principaux symptômes de la dépression ?
La dépression peut se manifester de manière différente selon les personnes.
Les symptômes les plus fréquents sont :
- une tristesse persistante ;
- une perte d’intérêt ou de plaisir ;
- une fatigue importante ;
- une diminution de l’énergie ;
- une perte de motivation ;
- des difficultés à commencer ou à terminer les tâches ;
- un ralentissement ou, au contraire, une agitation ;
- des difficultés de concentration ;
- des troubles de la mémoire ;
- une dévalorisation ;
- un sentiment d’échec ;
- une culpabilité excessive ;
- un sentiment d’inutilité ;
- une vision négative de soi, du monde et de l’avenir ;
- des troubles du sommeil ;
- une modification de l’appétit ou du poids ;
- un retrait social ;
- une perte d’espoir ;
- des pensées de mort ou des idées suicidaires.
La présence d’idées suicidaires nécessite une évaluation rapide par un professionnel de santé et, en cas de danger immédiat, le recours aux services d’urgence.
Comment la dépression s’installe-t-elle ?
La dépression résulte souvent de l’interaction entre plusieurs dimensions.
Les événements de vie
Certaines dépressions apparaissent après :
- un deuil ;
- une séparation ;
- une trahison ;
- un licenciement ;
- un burn-out ;
- un harcèlement ;
- une maladie ;
- des violences ;
- des difficultés financières ;
- un changement de vie important ;
- une accumulation de stress ;
- une perte de repères.
Les expériences anciennes
Des événements plus anciens peuvent également contribuer à la vulnérabilité dépressive :
- critiques répétées ;
- humiliations ;
- rejet ;
- négligence affective ;
- abandon ;
- violences familiales ;
- harcèlement scolaire ;
- sentiment de ne jamais avoir été à la hauteur ;
- responsabilités excessives pendant l’enfance ;
- absence de sécurité émotionnelle.
L’apport de l’EMDR dans la dépression
L’EMDR, ou désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires, est principalement reconnue comme une psychothérapie du trouble de stress post-traumatique. Elle peut également être envisagée comme une approche complémentaire lorsque des souvenirs douloureux, traumatiques ou humiliants participent à l’apparition ou au maintien de symptômes dépressifs.
Les recherches consacrées spécifiquement à l’EMDR dans la dépression sont moins nombreuses que celles portant sur le psychotraumatisme. Des revues récentes rapportent néanmoins une réduction des symptômes dépressifs dans plusieurs études, tout en soulignant la nécessité de recherches supplémentaires et d’une interprétation prudente des résultats.
L’EMDR ne doit donc pas être présentée comme le traitement unique ou systématique de toute dépression. Elle prend surtout son sens lorsqu’un lien peut être établi entre les symptômes actuels et certaines expériences émotionnelles insuffisamment intégrées.
1. Diminuer la charge émotionnelle des souvenirs douloureux
Certaines personnes dépressives restent enfermées dans des souvenirs chargés de honte, de culpabilité, d’impuissance ou de rejet.
Il peut s’agir :
- d’une humiliation ;
- d’un licenciement ;
- d’une rupture ;
- d’une agression ;
- d’un échec ;
- d’un décès ;
- d’une trahison ;
- d’une critique répétée ;
- d’une scène de harcèlement ;
- d’un événement médical.
La personne sait rationnellement que l’événement appartient au passé, mais elle continue à le ressentir comme s’il définissait encore sa valeur actuelle.
L’EMDR vise à favoriser le retraitement de ce souvenir afin qu’il puisse être repensé comme un événement passé plutôt que comme la preuve actuelle que la personne est incapable, coupable ou sans valeur.
2. Travailler les croyances négatives sur soi
Les souvenirs douloureux peuvent être associés à des croyances profondes :
- « Je suis nul. »
- « Je ne suis pas digne d’être aimé. »
- « Je suis impuissant. »
- « Je suis responsable. »
- « Je suis un échec. »
- « Je ne mérite pas d’aller mieux. »
- « Je ne suis pas en sécurité. »
Pendant le travail EMDR, la croyance négative est repérée en lien avec une scène précise.
L’objectif est progressivement de permettre l’émergence d’une représentation plus adaptée :
- « Cet événement ne définit pas toute ma valeur. »
- « J’ai fait ce que je pouvais avec les moyens que j’avais. »
- « Je peux apprendre à me respecter. »
- « Je ne suis pas responsable de la violence des autres. »
- « Je peux retrouver une capacité d’action. »
Il ne s’agit pas de répéter artificiellement une pensée positive, mais de permettre à la personne de la ressentir comme davantage crédible.
3. Réduire la honte et la culpabilité
La honte et la culpabilité jouent souvent un rôle important dans la dépression.
La personne peut se reprocher :
- de ne pas avoir réagi ;
- de ne pas avoir évité un événement ;
- d’avoir été malade ;
- de ne pas avoir protégé quelqu’un ;
- de ne plus réussir à travailler ;
- d’avoir accepté une relation destructrice ;
- d’avoir échoué dans un projet ;
- de ne pas être suffisamment forte.
L’EMDR peut aider à différencier la responsabilité réelle de la responsabilité émotionnelle.
Une personne peut ressentir une culpabilité très forte sans être objectivement responsable de ce qui s’est produit.
4. Traiter les expériences ayant déclenché une rechute dépressive
Une rechute peut parfois être déclenchée par un événement qui réactive une blessure ancienne.
Par exemple :
- une critique professionnelle réactive des humiliations scolaires ;
- une séparation réactive un abandon parental ;
- une erreur réactive un sentiment ancien d’incompétence ;
- un conflit réactive des violences familiales ;
- un décès réactive une perte antérieure non intégrée.
L’EMDR peut permettre de travailler à la fois :
- les événements anciens ;
- le déclencheur actuel ;
- la peur que la situation recommence dans le futur.
Cette organisation en passé, présent et futur aide à comprendre pourquoi une situation apparemment récente peut provoquer une réaction émotionnelle extrêmement intense.
5. Restaurer une représentation plus sécurisante du futur
La dépression réduit souvent la capacité à imaginer un avenir positif.
La personne peut anticiper :
- un nouvel échec ;
- un abandon ;
- une rechute ;
- une incapacité à reprendre le travail ;
- une solitude permanente ;
- l’impossibilité de ressentir à nouveau du plaisir ;
- une perte définitive de ses capacités.
Lorsque les souvenirs passés ont été suffisamment retraités, l’EMDR peut être utilisé pour préparer des situations futures.
La personne peut alors imaginer :
- reprendre progressivement une activité ;
- poser une limite ;
- retourner sur un lieu difficile ;
- parler de ses besoins ;
- affronter une critique ;
- retrouver une vie sociale ;
- prendre une décision ;
- agir malgré une émotion inconfortable.
Pourquoi associer l’EMDR et les TCC ?
L’EMDR et les thérapies cognitivo-comportementales ne travaillent pas exactement de la même manière.
L’EMDR peut être particulièrement utile pour retraiter les souvenirs et les expériences qui continuent à déclencher une forte réaction émotionnelle.
Les TCC permettent notamment d’agir sur :
- les pensées automatiques ;
- les interprétations négatives ;
- les comportements d’évitement ;
- la perte d’activités ;
- le retrait social ;
- la rumination ;
- la procrastination ;
- les troubles du sommeil ;
- le risque de rechute.
L’association des deux approches permet de travailler simultanément sur les racines émotionnelles de certaines croyances et sur les mécanismes actuels qui entretiennent la dépression.
1. EMDR sur les souvenirs, TCC sur le quotidien
L’EMDR peut diminuer la charge émotionnelle d’un événement.
La TCC aide ensuite la personne à modifier concrètement son fonctionnement quotidien.
Par exemple, après avoir travaillé une humiliation professionnelle en EMDR, la TCC peut aider à :
- reprendre contact avec des collègues ;
- mettre à jour un curriculum vitae ;
- préparer un entretien ;
- identifier les pensées de dévalorisation ;
- retrouver progressivement un rythme d’activité.
L’apaisement émotionnel doit pouvoir se traduire par de nouvelles expériences dans la vie réelle.
2. EMDR sur la croyance émotionnelle, TCC sur la pensée actuelle
Une personne peut comprendre rationnellement que la pensée « je suis incapable » est excessive, tout en continuant à la ressentir comme vraie.
L’EMDR peut travailler sur les souvenirs à l’origine de ce sentiment.
La TCC aide parallèlement à examiner les pensées actuelles :
- Quels sont les faits ?
- Existe-t-il une autre interprétation ?
- Est-ce que je généralise un échec ?
- Est-ce que j’oublie mes réussites ?
- Que dirais-je à une autre personne dans la même situation ?
Cette complémentarité peut renforcer le changement cognitif et émotionnel.
3. EMDR sur le trauma, TCC sur l’évitement
Après un événement douloureux, la personne peut éviter :
- certains lieux ;
- certaines personnes ;
- le travail ;
- les démarches administratives ;
- les activités sociales ;
- les discussions difficiles ;
- les souvenirs ;
- les émotions.
L’EMDR peut réduire l’activation liée au souvenir.
La TCC permet d’organiser une reprise progressive des situations évitées, sans attendre que toute peur ou toute tristesse ait disparu.
4. EMDR sur les déclencheurs, TCC sur la rumination
La rumination dépressive donne l’impression de réfléchir, mais elle conduit souvent à répéter les mêmes questions :
- « Pourquoi cela m’est-il arrivé ? »
- « Pourquoi n’ai-je pas réagi autrement ? »
- « Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? »
- « Et si tout était de ma faute ? »
L’EMDR peut cibler les scènes qui alimentent ces ruminations.
La TCC aide à reconnaître la rumination, à interrompre les boucles mentales et à revenir vers une action concrète, limitée et réalisable.
5. EMDR sur les événements passés, TCC sur la prévention de la rechute
L’EMDR peut réduire la sensibilité à certains souvenirs ou déclencheurs.
La TCC permet de construire un plan de prévention de la rechute comprenant :
- les signes précoces de dépression ;
- les situations à risque ;
- les pensées caractéristiques ;
- les comportements de retrait ;
- les personnes ressources ;
- les activités protectrices ;
- les démarches à effectuer rapidement ;
- la coordination avec le médecin si nécessaire.
Apport possible de l’EMDR
L’EMDR peut aider à diminuer la charge émotionnelle des scènes professionnelles les plus douloureuses.
Progressivement, le souvenir de l’humiliation peut devenir moins envahissant. La patiente peut repenser à l’événement sans ressentir immédiatement la même peur, la même honte ou la même impuissance.
Le travail peut également porter sur les déclencheurs actuels, comme l’ouverture d’un courriel ou la vue du bâtiment, puis sur une projection future dans laquelle elle s’imagine reprendre une activité professionnelle tout en étant capable de poser des limites.
Cinq exemples détaillés de l’apport de l’EMDR dans la dépression
Exemple 1 : dépression après un harcèlement professionnel
Situation
Une femme d’une cinquantaine d’années présente une dépression après plusieurs mois de surcharge de travail, de critiques répétées et d’humiliations de la part de son supérieur.
Depuis son arrêt de travail, elle pleure lorsqu’elle évoque son entreprise. Elle ressent une oppression lorsqu’elle reçoit un courriel professionnel et évite de passer devant son ancien lieu de travail.
Elle pense :
« Je suis devenue incapable. »
Elle se reproche de ne pas avoir su se défendre et interprète son épuisement comme une preuve de faiblesse.
Cibles possibles en EMDR
Le travail peut porter sur :
- une réunion durant laquelle elle a été humiliée ;
- le visage ou le ton de voix du supérieur ;
- un entretien au cours duquel elle s’est sentie menacée ;
- l’annonce de son arrêt de travail ;
- le moment où elle a compris qu’elle ne pouvait plus continuer ;
- les courriels professionnels devenus des déclencheurs ;
- la peur de retourner dans une entreprise.
Cognition négative
- « Je suis impuissante. »
- « Je suis incapable. »
- « Je n’ai pas su me défendre. »
- « Je suis faible. »
Cognition positive recherchée
- « J’ai fait ce que j’ai pu dans un contexte destructeur. »
- « Je peux maintenant me protéger. »
- « Mon épuisement ne définit pas ma valeur. »
- « J’ai des droits et des possibilités d’action. »
Apport possible de l’EMDR
L’EMDR peut permettre de distinguer progressivement la séparation actuelle de l’abandon vécu pendant l’enfance.
La réaction émotionnelle présente peut être très intense parce qu’elle contient à la fois la douleur actuelle et une ancienne peur restée active.
Le retraitement des souvenirs anciens et récents peut aider la personne à ressentir la séparation comme une perte douloureuse, mais non comme la confirmation qu’elle sera toujours abandonnée.
Une cible future peut ensuite concerner la possibilité d’être seul temporairement, de rencontrer une nouvelle personne ou d’exprimer ses besoins sans se sentir immédiatement menacé de rejet.
Exemple 2 : dépression après une séparation et réactivation d’un abandon ancien
Situation
Un homme développe une dépression après le départ de sa compagne.
Il se sent vide, reste isolé et pense constamment aux dernières semaines de la relation. Il vérifie son téléphone, relit les anciens messages et interprète le silence de son ex-compagne comme la preuve qu’il ne compte pour personne.
Il pense :
« Tout le monde finit par m’abandonner. »
La séparation actuelle réactive le souvenir du départ brutal de l’un de ses parents pendant son enfance.
Cibles possibles en EMDR
Le travail peut porter sur :
- l’annonce de la séparation ;
- l’image de sa compagne quittant le domicile ;
- la maison vide ;
- un dernier message reçu ;
- le moment où il s’est retrouvé seul ;
- le départ parental vécu dans l’enfance ;
- une scène ancienne dans laquelle personne ne lui a expliqué ce qui se passait ;
- la peur d’être abandonné dans une future relation.
Cognition négative
- « Je ne compte pour personne. »
- « Je suis abandonnable. »
- « Je ne mérite pas d’être aimé. »
- « Je suis seul et sans protection. »
Cognition positive recherchée
- « Une séparation ne détermine pas toute ma valeur. »
- « Je peux survivre à cette perte. »
- « Je peux créer des relations plus sécurisantes. »
- « Aujourd’hui, je ne suis plus l’enfant impuissant d’autrefois. »
Apport possible de l’EMDR
L’EMDR peut aider à réduire la honte associée à l’échec récent et aux expériences plus anciennes.
Le cerveau dépressif tend souvent à relier un événement actuel à un ensemble de souvenirs similaires. L’échec ne reste alors plus un événement limité : il devient la preuve apparente d’une incapacité générale.
En retraitant les scènes les plus marquantes, la personne peut progressivement différencier :
- « J’ai échoué à cet examen » ;
- de « Je suis un échec ».
Le travail futur peut concerner l’image d’elle-même reprenant un apprentissage, se présentant à un nouvel examen ou faisant face à une erreur sans s’effondrer.
Exemple 3 : dépression après un échec scolaire ou professionnel
Situation
Une jeune femme échoue à un examen important.
Depuis l’annonce des résultats, elle évite ses camarades, abandonne progressivement ses projets et pense :
« Je suis nulle. Je rate tout ce que j’entreprends. »
Cet événement réactive plusieurs souvenirs d’humiliations scolaires, de comparaisons avec d’autres élèves et de critiques parentales sur ses capacités.
Elle ressent une honte intense lorsqu’elle imagine devoir expliquer son échec.
Cibles possibles en EMDR
Le travail peut porter sur :
- l’annonce des résultats ;
- l’écran ou la feuille indiquant l’échec ;
- une remarque d’un enseignant ;
- les moqueries d’autres élèves ;
- une critique parentale ;
- une situation dans laquelle elle n’a pas compris immédiatement un exercice ;
- la peur d’échouer à nouveau ;
- l’anticipation d’un futur entretien ou d’un nouvel examen.
Cognition négative
- « Je suis nulle. »
- « Je ne suis pas intelligente. »
- « Je suis un échec. »
- « Je ne serai jamais à la hauteur. »
Cognition positive recherchée
- « Un échec ne définit pas toutes mes capacités. »
- « Je peux apprendre et progresser. »
- « Ma valeur ne dépend pas d’un seul résultat. »
- « J’ai le droit de faire des erreurs. »
Apport possible de l’EMDR
L’EMDR ne vise pas à supprimer la tristesse, le manque ni l’attachement au défunt.
Il peut aider à réduire la dimension traumatique du décès, notamment les images intrusives, la culpabilité et le sentiment de responsabilité excessive.
Lorsque les scènes les plus douloureuses sont moins envahissantes, la personne peut parfois retrouver un accès plus naturel aux souvenirs positifs de la relation.
Le défunt n’est alors plus uniquement associé à la scène de sa mort, mais aussi à l’ensemble de son histoire avec la personne endeuillée.
Exemple 4 : dépression et culpabilité après un deuil traumatique
Situation
Une femme présente une dépression après le décès brutal d’un proche.
Elle est envahie par le souvenir de l’appel lui annonçant le décès et par l’image de leur dernière rencontre.
Elle pense :
« J’aurais dû être davantage présente. »
Elle se reproche de ne pas avoir compris la gravité de la situation et imagine continuellement ce qu’elle aurait pu dire ou faire autrement.
Cibles possibles en EMDR
Le travail peut porter sur :
- l’appel annonçant le décès ;
- la découverte du corps ;
- une scène de réanimation ;
- les derniers instants ;
- la dernière conversation ;
- l’image du proche malade ou décédé ;
- une parole qui n’a pas été dite ;
- la culpabilité de ne pas avoir été présente ;
- la peur de perdre une autre personne.
Cognition négative
- « Je suis responsable. »
- « J’aurais dû empêcher cela. »
- « Je l’ai abandonné. »
- « Je ne mérite pas d’aller mieux. »
Cognition positive recherchée
- « Je ne contrôlais pas cet événement. »
- « J’aurais voulu faire davantage, mais j’ai fait avec ce que je savais. »
- « Mon attachement ne se mesure pas uniquement aux derniers instants. »
- « J’ai le droit de continuer à vivre tout en gardant ce lien. »
Apport possible de l’EMDR
L’EMDR peut aider à retraiter progressivement les souvenirs ayant contribué à la construction d’une image très négative de soi.
Lorsqu’un enfant subit des violences ou des humiliations, il conclut souvent que le problème vient de lui plutôt que des adultes dont il dépend.
Ces conclusions anciennes peuvent continuer à agir à l’âge adulte sous la forme de dévalorisation, de culpabilité, de soumission ou de choix relationnels destructeurs.
Le retraitement vise à replacer les responsabilités au bon endroit et à permettre à la personne de ressentir qu’elle dispose aujourd’hui de davantage de choix, de ressources et de possibilités de protection.
Exemple 5 : dépression chronique après des violences ou humiliations anciennes
Situation
Une personne ayant vécu des violences, des humiliations ou une négligence affective pendant l’enfance présente une dépression installée depuis plusieurs années.
Elle se critique constamment, se sent inférieure aux autres et pense :
« Je ne mérite pas d’être heureuse. »
Elle accepte difficilement l’aide, se met souvent au service des autres et s’effondre émotionnellement lorsqu’elle reçoit une critique.
Préparation nécessaire
Dans ce type de situation, le travail EMDR doit souvent être progressif.
Avant de traiter les souvenirs les plus douloureux, il peut être nécessaire de développer :
- des exercices d’ancrage ;
- une capacité à revenir au présent ;
- des ressources internes ;
- un lieu sûr ou apaisant ;
- un contenant mental ;
- une meilleure compréhension de la dissociation ;
- un sentiment de sécurité dans la relation thérapeutique ;
- une capacité à interrompre le travail si l’émotion devient excessive.
Cibles possibles en EMDR
Le travail peut commencer par des souvenirs limités et précis :
- une critique particulière ;
- une humiliation à l’école ;
- une scène dans laquelle la personne n’a pas été protégée ;
- un regard parental méprisant ;
- une punition injuste ;
- une situation actuelle qui réactive l’impuissance ;
- une sensation corporelle associée à la peur ;
- la peur de poser une limite.
Cognition négative
- « Je n’ai aucune valeur. »
- « Je suis mauvais. »
- « Je suis sans défense. »
- « Je ne mérite pas d’être respecté. »
- « Je suis responsable de ce que les autres me font. »
Cognition positive recherchée
- « Ce qui m’est arrivé n’était pas mérité. »
- « J’ai de la valeur. »
- « Aujourd’hui, je peux apprendre à me protéger. »
- « Je ne suis pas responsable de la violence des autres. »
- « J’ai le droit d’exister et d’avoir des besoins. »
Synthèse
Dans la dépression, l’EMDR peut être particulièrement utile lorsque les symptômes sont associés à :
- des humiliations ;
- des abandons ;
- des échecs vécus comme traumatiques ;
- un harcèlement ;
- des violences ;
- un deuil traumatique ;
- une culpabilité persistante ;
- des souvenirs qui entretiennent une image négative de soi.
L’objectif n’est pas d’effacer le passé, mais de permettre à la personne de se souvenir sans être continuellement envahie par la honte, la peur, la culpabilité ou l’impuissance.
L’EMDR peut ainsi contribuer à transformer une représentation comme :
« Cet événement prouve que je suis sans valeur »
en une représentation plus adaptée :
« Cet événement a été douloureux, mais il ne définit pas toute mon identité ni tout mon avenir. »
Cinq exemples détaillés d’association EMDR et TCC dans la dépression
Exemple 1 : dépression après un burn-out et un harcèlement professionnel
Situation
Une femme d’une cinquantaine d’années présente une dépression après plusieurs mois de surcharge de travail, de critiques et d’humiliations de la part d’un supérieur.
Elle pleure dès qu’elle parle de son entreprise, ne parvient plus à ouvrir ses courriels professionnels et pense :
« Je suis devenue incapable. »
Elle reste souvent couchée, évite ses anciens collègues et se sent coupable de ne plus travailler.
Apport de l’EMDR
Le travail EMDR peut porter sur :
- une scène d’humiliation précise ;
- le visage du supérieur ;
- une réunion au cours de laquelle elle s’est sentie écrasée ;
- l’annonce de son arrêt de travail ;
- la sensation d’oppression lorsqu’elle ouvre sa messagerie.
La cognition négative peut être :
« Je suis impuissante » ou « Je suis incapable ».
Une cognition plus adaptée pourrait progressivement devenir :
« J’ai été maltraitée dans un contexte professionnel » ou « Je peux maintenant me protéger ».
Apport des TCC
Le travail TCC peut comprendre :
- la différenciation entre épuisement et incapacité ;
- l’analyse des pensées de culpabilité ;
- une reprise progressive des activités ;
- la limitation du temps passé au lit ;
- la restauration des horaires ;
- une exposition graduée aux courriels administratifs ;
- la préparation d’un éventuel retour ou d’une réorientation ;
- l’apprentissage de l’affirmation de soi.
Objectif combiné:
L’EMDR aide à réduire la réactivation traumatique liée au travail.
Les TCC permettent de reconstruire progressivement la confiance, l’activité et la capacité à faire des choix professionnels.
Objectif combiné :
L’EMDR traite la réactivation de l’abandon ancien et la scène actuelle de séparation.
Les TCC aident la personne à réduire les comportements qui entretiennent la dépendance affective et le retrait dépressif.
Exemple 2 : dépression après une séparation
Situation
Un homme présente une forte baisse d’humeur après le départ de sa compagne.
Il vérifie fréquemment son téléphone, repense constamment aux dernières semaines de la relation et conclut :
« Personne ne restera jamais avec moi. »
La séparation réactive le souvenir d’un parent ayant quitté le domicile pendant son enfance.
Apport de l’EMDR
Le travail peut d’abord porter sur :
- le moment de l’annonce de la séparation ;
- l’image de la maison vide ;
- un message reçu ;
- le souvenir ancien du départ parental ;
- la sensation d’abandon.
La cognition négative peut être :
« Je ne compte pour personne. »
Une cognition alternative peut devenir :
« Une séparation est douloureuse, mais elle ne détermine pas toute ma valeur. »
Apport des TCC
La TCC peut aider à :
- réduire les vérifications du téléphone ;
- limiter les contacts impulsifs ;
- repérer la généralisation excessive ;
- différencier solitude actuelle et abandon définitif ;
- reconstruire un emploi du temps ;
- maintenir les contacts sociaux ;
- reprendre des activités ;
- travailler les besoins relationnels et les limites.
Exemple 3 : dépression dominée par un sentiment d’échec
Situation
Une jeune femme échoue à un examen important.
Elle interprète cet échec comme la preuve qu’elle n’est pas intelligente.
Elle abandonne ses révisions, évite ses camarades et pense :
« Je rate tout ce que j’entreprends. »
Cette pensée rappelle des critiques parentales et plusieurs humiliations scolaires.
Apport de l’EMDR
Les cibles possibles sont :
- l’annonce du résultat ;
- une remarque d’un enseignant ;
- une scène de moquerie ;
- une critique parentale ;
- la sensation de honte devant les autres.
La cognition négative peut être :
« Je suis nulle. »
Une cognition plus adaptée peut devenir :
« Un échec ne définit pas toutes mes capacités. »
Apport des TCC
Le travail peut comprendre :
- l’identification de la pensée tout ou rien ;
- le repérage de la généralisation ;
- la recherche des réussites oubliées ;
- une analyse réaliste des causes de l’échec ;
- la planification d’un nouveau programme de travail ;
- le découpage des tâches ;
- la reprise progressive des révisions ;
- des expériences comportementales permettant de tester ses capacités.
Objectif combiné
L’EMDR réduit la honte associée aux expériences anciennes et récentes.
La TCC transforme la manière d’interpréter l’échec et aide à reprendre des actions compatibles avec les objectifs de la personne.
Objectif combiné
L’EMDR ne supprime pas la tristesse ni l’attachement au défunt.
Il peut réduire la dimension traumatique du décès afin que le processus de deuil puisse évoluer avec moins d’images intrusives et moins de culpabilité.
Exemple 4 : dépression et deuil traumatique
Situation
Une femme perd brutalement un proche.
Elle reste envahie par l’appel lui annonçant le décès et par l’image de la dernière rencontre.
Elle se reproche de ne pas avoir été davantage présente et pense :
« J’aurais dû empêcher cela. »
Elle évite les photos, les conversations familiales et les lieux associés au défunt.
Apport de l’EMDR
Le travail peut porter sur :
- l’annonce du décès ;
- la découverte du corps ;
- une scène médicale ;
- les derniers instants ;
- une parole qui n’a pas été dite ;
- la culpabilité de ne pas avoir été présente.
La cognition négative peut être :
« Je suis responsable. »
Une cognition plus juste pourrait devenir :
« J’aurais voulu pouvoir agir, mais je ne contrôlais pas cet événement. »
Apport des TCC
La TCC peut aider à :
- différencier culpabilité et responsabilité ;
- repérer les pensées contrefactuelles ;
- réintroduire progressivement les souvenirs non traumatiques ;
- reprendre certains rituels ou activités ;
- maintenir les liens sociaux ;
- retrouver une organisation quotidienne ;
- travailler l’acceptation des vagues émotionnelles.
Exemple 5 : dépression liée à des violences anciennes
Situation
Une personne ayant vécu des violences dans l’enfance présente une dépression chronique.
Elle se critique continuellement, accepte difficilement l’aide et pense :
« Je ne mérite pas d’être heureuse. »
Lorsqu’une difficulté survient, elle se replie immédiatement et retrouve une sensation ancienne d’impuissance.
Apport de l’EMDR
Le travail nécessite généralement une phase de préparation importante :
- apprentissage de l’ancrage ;
- développement des ressources ;
- repérage de la dissociation ;
- travail dans la fenêtre de tolérance ;
- construction d’un sentiment de sécurité.
Les premières cibles peuvent être limitées :
- une critique précise ;
- une scène d’humiliation ;
- un moment où la personne n’a pas été protégée ;
- une sensation corporelle récurrente ;
- un déclencheur actuel.
La cognition négative peut être :
« Je n’ai aucune valeur » ou « Je suis sans défense ».
Une cognition plus adaptée peut progressivement devenir :
« Ce qui m’est arrivé n’était pas mérité » ou « Aujourd’hui, je peux apprendre à me protéger ».
Apport des TCC
Le travail TCC peut porter sur :
- les schémas de dévalorisation ;
- l’identification de la voix critique intériorisée ;
- l’affirmation de soi ;
- la capacité à demander de l’aide ;
- la réduction du retrait ;
- l’apprentissage de comportements protecteurs ;
- le développement d’activités satisfaisantes ;
- la prévention des relations répétant les violences passées.
Objectif combiné
L’EMDR permet un travail progressif sur les expériences à l’origine du sentiment d’impuissance et de dévalorisation.
Les TCC aident la personne à construire de nouvelles manières de penser, d’agir et d’entrer en relation.
L’EMDR et les TCC peuvent être complémentaires, mais leur indication dépend de chaque situation.
L’EMDR sera particulièrement envisagé lorsque des souvenirs douloureux, traumatiques, humiliants ou culpabilisants participent au maintien de la dépression.
Les TCC seront utilisées pour agir sur les pensées, les comportements, le retrait, la perte d’activité, la rumination et la prévention de la rechute.
En cas de dépression sévère, d’idées suicidaires, de symptômes psychotiques, de trouble bipolaire suspecté ou de retentissement important sur l’alimentation, le sommeil ou les capacités quotidiennes, une évaluation médicale ou psychiatrique est indispensable.
La psychothérapie peut alors s’inscrire dans une prise en charge coordonnée avec le médecin traitant ou le psychiatre.
Comment se déroule l’accompagnement ?
La prise en charge commence par une évaluation de la situation :
symptômes dépressifs ;
intensité et ancienneté ;
événements déclencheurs ;
antécédents dépressifs ;
traumatismes éventuels ;
sommeil ;
activités ;
isolement ;
consommation de substances ;
risque suicidaire ;
suivi médical ;
ressources disponibles.
Le travail EMDR n’est pas systématiquement commencé lors des premières séances.
Une phase de préparation peut être nécessaire afin de développer :
des moyens d’apaisement ;
des exercices d’ancrage ;
une capacité à revenir au présent ;
une meilleure régulation émotionnelle ;
un plan de sécurité ;
des ressources internes et externes.
Parallèlement, les outils TCC peuvent être utilisés dès le début pour restaurer progressivement :
un rythme quotidien ;
des activités essentielles ;
des contacts sociaux ;
des expériences de réussite ;
une meilleure compréhension des pensées dépressives ;
une capacité à agir malgré le manque de motivation.
Une prise en charge personnalisée et coordonnée