TCC et addiction aux jeux d’argent à Oyonnax et en visio

L’addiction aux jeux d’argent, parfois appelée jeu pathologique, se manifeste par une difficulté à contrôler les mises, les paris ou le temps consacré au jeu, malgré les conséquences financières, familiales, professionnelles ou psychologiques. Elle peut concerner les paris sportifs, le casino, les machines à sous, le poker, les jeux de grattage, les jeux de tirage, les plateformes en ligne ou les applications de jeu.

La personne peut jouer pour gagner, se refaire, ressentir de l’excitation, échapper à une émotion difficile, se distraire, combler un vide ou retrouver une sensation de contrôle. Mais après le jeu peuvent apparaître culpabilité, honte, dettes, mensonges, conflits, isolement ou sentiment d’avoir perdu la maîtrise.

Les thérapies cognitives et comportementales, ou TCC, permettent de mieux comprendre les mécanismes de l’addiction aux jeux d’argent : craving, pensées de permission, illusion de contrôle, croyances sur la chance, poursuite des pertes, impulsivité, émotions déclenchantes, évitement, honte et prévention de la rechute.

Au Cabinet Flora Mentis à Oyonnax, Florence CHATENET propose un accompagnement orienté TCC pour les personnes confrontées aux jeux d’argent problématiques, aux paris sportifs compulsifs, aux jeux en ligne, aux pertes répétées, aux dettes, à la honte ou aux rechutes.

Les séances peuvent avoir lieu en présentiel à Oyonnax, dans l’Ain, ou en visioconférence partout en France. La visio permet également d’accompagner les expatriés et les personnes francophones vivant à l’étranger, lorsqu’elles souhaitent consulter en français.

Le cercle de l’addiction aux jeux d’argent

1. Un déclencheur apparaît

L’envie de jouer peut être favorisée par :

  • le stress ;
  • l’ennui ;
  • la solitude ;
  • un conflit ;
  • la réception du salaire ;
  • une publicité ;
  • un événement sportif ;
  • une perte financière récente.

2. Des pensées automatiques renforcent l’envie

La personne peut penser :

« Cette fois-ci, je vais gagner. »

« Après autant de pertes, une victoire est forcément proche. »

« Je dois récupérer mon argent. »

« Je maîtrise mieux le jeu que les autres. »

« Un petit pari va me détendre. »

3. Le jeu procure un effet immédiat

Le fait de jouer peut apporter temporairement :

  • de l’excitation ;
  • de l’espoir ;
  • une distraction ;
  • un soulagement émotionnel ;
  • l’impression de pouvoir résoudre rapidement un problème financier.

4. Les conséquences apparaissent

Après l’épisode de jeu, la personne peut ressentir :

  • de la culpabilité ;
  • de la honte ;
  • de l’anxiété ;
  • une perte de contrôle ;
  • une inquiétude financière ;
  • des tensions avec ses proches.

Les conséquences du jeu problématique peuvent être financières, relationnelles, professionnelles, psychologiques et physiques. Elles peuvent aller jusqu’au surendettement, à l’isolement, à la dépression ou à une forte détresse psychologique.

5. Le cycle recommence

La culpabilité, les pertes et le stress deviennent à leur tour de nouveaux déclencheurs.

La personne peut alors rejouer pour oublier ses difficultés ou tenter de récupérer l’argent perdu, ce qui entretient progressivement le cercle.

Quand le jeu ne reste plus un simple loisir

Les jeux d’argent et de hasard regroupent les activités dans lesquelles une personne mise de l’argent ou un objet de valeur dans l’espoir d’obtenir un gain dont l’issue dépend, au moins en partie, du hasard. Ils comprennent notamment les jeux de loterie et de grattage, les paris sportifs ou hippiques, le poker, les machines à sous et les jeux de casino, pratiqués dans des lieux physiques ou en ligne.

Pour la majorité des personnes, le jeu reste une activité occasionnelle et récréative. La difficulté apparaît lorsqu’il devient difficile à contrôler et qu’il prend progressivement le dessus sur la vie quotidienne.

La personne peut alors continuer à jouer malgré des pertes financières, des conflits avec ses proches, une souffrance psychologique ou des conséquences professionnelles.

L’addiction aux jeux d’argent ne se résume donc pas au montant des sommes misées. Elle se caractérise surtout par une perte de contrôle, une place croissante accordée au jeu et la poursuite du comportement malgré ses effets négatifs.

Une pratique régulière n’est pas nécessairement une addiction

Jouer fréquemment ou dépenser une somme importante ne suffit pas, à lui seul, à définir un trouble.

La situation devient préoccupante lorsque la personne :

  • ne parvient plus à respecter les limites qu’elle s’était fixées ;
  • joue plus longtemps ou mise davantage que prévu ;
  • pense constamment au jeu ou à la prochaine occasion de miser ;
  • tente de récupérer ses pertes en continuant à jouer ;
  • dissimule sa pratique ou les montants engagés ;
  • poursuit malgré les dettes, la culpabilité ou les conflits ;
  • essaie plusieurs fois de réduire ou d’arrêter sans y parvenir.

L’évaluation tient compte de la fréquence du jeu, mais également de sa fonction, de la perte de contrôle et de son retentissement sur la vie personnelle, familiale, sociale et professionnelle.

Quelle est la prévalence des jeux d’argent en France ?

En 2023, 51,6 % des adultes français âgés de 18 à 75 ans déclaraient avoir joué à un jeu d’argent et de hasard au moins une fois au cours des douze mois précédents. Cette proportion était en hausse de 4,6 points par rapport à 2019.

Les jeux les plus fréquemment pratiqués étaient :

  • les jeux de tirage, pratiqués par 34,2 % des adultes ;
  • les jeux de grattage, pratiqués par 30,9 % ;
  • les paris sportifs, pratiqués par 6,7 % ;
  • les machines à sous, pratiquées par 6,6 %.

La pratique d’un jeu d’argent ne signifie toutefois pas que la personne présente une addiction.

Prévalence du jeu problématique

Selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives, environ 4,9 % des personnes ayant joué dans l’année présentaient en 2023 une pratique problématique. Cela correspond à environ 2,5 % de l’ensemble de la population française âgée de 18 à 75 ans. Cette proportion apparaît globalement stable depuis 2019.

Plus précisément :

  • 1,7 % des adultes, soit environ 810 000 personnes, présentaient un risque modéré ;
  • 0,8 % des adultes, soit environ 360 000 personnes, présentaient un risque élevé.

Au total, plus d’un million d’adultes seraient ainsi concernés par une pratique susceptible d’entraîner des difficultés significatives.

À l’échelle internationale, les estimations de la prévalence annuelle du jeu problématique chez les adultes varient approximativement de 0,1 % à 5,8 %, selon les pays, les critères et les questionnaires utilisés.

Ces chiffres doivent être interprétés avec prudence : les études ne mesurent pas toujours exactement le même niveau de difficulté et distinguent parfois le risque modéré, le jeu excessif et le trouble diagnostiqué.

Les jeunes sont-ils également concernés ?

En France, 27,5 % des jeunes de 17 ans déclaraient en 2022 avoir joué à un jeu d’argent au moins une fois dans l’année. Environ 4 % indiquaient une pratique au moins hebdomadaire.

Les jeux d’argent sont pourtant interdits aux mineurs. Leur accessibilité en ligne, leur association avec le sport et leur forte visibilité publicitaire peuvent contribuer à banaliser ces pratiques.

Les signes pouvant alerter

Une consultation peut être envisagée lorsque plusieurs de ces situations se répètent :

  • préoccupation constante pour le jeu ;
  • augmentation progressive des sommes misées ;
  • difficulté à réduire ou à arrêter ;
  • irritabilité ou agitation lorsqu’il est impossible de jouer ;
  • utilisation du jeu pour fuir le stress, l’ennui ou la tristesse ;
  • volonté de récupérer les pertes en rejouant ;
  • mensonges ou dissimulation ;
  • emprunts destinés à financer le jeu ;
  • utilisation excessive du crédit ;
  • problèmes financiers ou surendettement ;
  • conflits avec les proches ;
  • négligence du travail, des études ou des responsabilités ;
  • poursuite du jeu malgré les conséquences.

Un signe isolé ne suffit pas à conclure à l’existence d’une addiction. C’est la répétition du comportement, la perte de contrôle et son retentissement qui doivent être évalués.

 

 

L’apport des thérapies cognitivo-comportementales dans l’addiction aux jeux d’argent

Les thérapies cognitivo-comportementales, appelées TCC, font partie des approches psychothérapeutiques utilisées dans la prise en charge de l’addiction aux jeux d’argent.

Elles permettent de mieux comprendre les mécanismes qui entretiennent le comportement de jeu et d’agir concrètement sur les pensées, les émotions et les habitudes qui favorisent les rechutes.

Comprendre les situations qui déclenchent l’envie de jouer

La première étape consiste à identifier les situations dans lesquelles l’envie de jouer apparaît le plus souvent.

Il peut s’agir, par exemple :

  • d’un moment de stress ou d’anxiété ;
  • d’un sentiment de solitude ou d’ennui ;
  • d’un conflit familial ou professionnel ;
  • de la réception du salaire ;
  • d’une publicité pour un site de paris ;
  • d’un événement sportif ;
  • d’une perte financière que la personne souhaite récupérer.

Le psychologue aide le patient à repérer les liens entre la situation, les pensées, les émotions, l’envie de jouer et le comportement adopté.

Cette analyse permet de mieux anticiper les situations à risque et de préparer des réponses plus adaptées.

Modifier les croyances liées au hasard

Les personnes rencontrant des difficultés avec les jeux d’argent peuvent développer certaines croyances erronées.

Elles peuvent penser qu’une victoire est proche après plusieurs pertes, qu’elles disposent d’une technique particulière ou qu’elles peuvent récupérer l’argent perdu en continuant à jouer.

Les TCC permettent d’identifier et de remettre en question ces pensées.

Par exemple, la pensée :

« J’ai beaucoup perdu, je vais forcément finir par gagner »

peut être remplacée par une pensée plus réaliste :

« Les résultats précédents ne garantissent pas un gain. Continuer à jouer risque surtout d’augmenter mes pertes. »

L’objectif n’est pas d’imposer une nouvelle façon de penser, mais d’aider la personne à examiner les faits et à prendre des décisions plus réfléchies.

Apprendre à gérer les envies de jouer

L’envie de jouer peut être intense, mais elle n’est pas permanente. Elle augmente généralement, atteint un niveau maximal, puis diminue progressivement.

En TCC, la personne apprend à observer cette envie sans agir immédiatement.

Plusieurs stratégies peuvent être proposées :

  • attendre avant de prendre une décision ;
  • évaluer l’intensité de l’envie sur une échelle de 0 à 10 ;
  • pratiquer une respiration lente ;
  • quitter la situation à risque ;
  • contacter une personne de confiance ;
  • relire une liste rappelant les conséquences du jeu ;
  • commencer une activité incompatible avec le fait de jouer.

Avec l’entraînement, la personne découvre qu’elle peut ressentir une envie forte sans être obligée d’y répondre.

 

Les croyances fréquemment associées au jeu

L’illusion de contrôle

La personne pense qu’elle peut influencer un résultat qui dépend pourtant principalement du hasard.

Elle peut croire qu’une stratégie particulière, le choix d’une machine ou sa connaissance du sport lui garantit un avantage.

L’erreur du joueur

Après plusieurs pertes, la personne pense qu’un gain est nécessairement plus probable.

Pourtant, dans de nombreux jeux, chaque partie reste indépendante de la précédente.

La mémoire sélective

Les gains sont souvent mémorisés plus facilement que les pertes.

La personne se rappelle précisément d’une victoire importante, mais sous-estime l’ensemble des montants engagés.

La quasi-victoire

Un résultat proche du gain peut être interprété comme la preuve qu’une victoire est imminente.

Pourtant, une quasi-victoire reste une perte.

La poursuite des pertes

La personne continue à jouer pour « se refaire ».

Cette tentative de récupération augmente généralement les sommes engagées et le risque de pertes supplémentaires.

Les conséquences possibles

Sur les finances

Le jeu peut entraîner :

  • des découverts ;
  • des crédits répétés ;
  • des emprunts auprès des proches ;
  • des retards de paiement ;
  • une perte d’épargne ;
  • un surendettement.

Sur les relations

Les mensonges, les absences et les difficultés financières peuvent provoquer :

  • une perte de confiance ;
  • des conflits conjugaux ou familiaux ;
  • un éloignement des proches ;
  • un isolement progressif.

Sur le travail ou les études

La personne peut devenir moins disponible, moins concentrée ou plus fréquemment absente.

Elle peut également consacrer une partie importante de son temps à consulter des résultats, suivre des événements ou rechercher de l’argent pour jouer.

Sur la santé psychologique

L’addiction aux jeux d’argent peut s’accompagner :

  • d’anxiété ;
  • de dépression ;
  • d’irritabilité ;
  • de honte ;
  • d’une baisse de l’estime de soi ;
  • d’un sentiment d’impuissance ;
  • d’idées suicidaires.

Toute idée suicidaire ou situation de danger immédiat nécessite une évaluation urgente par un professionnel de santé.

Quand demander de l’aide ?

Il peut être utile de consulter lorsque :

  • le jeu devient difficile à contrôler ;
  • les pertes sont régulièrement poursuivies ;
  • la personne cache sa pratique ;
  • les dépenses essentielles sont menacées ;
  • les conflits avec les proches se multiplient ;
  • plusieurs tentatives d’arrêt ont échoué ;
  • le jeu est devenu le principal moyen de faire face aux émotions.

Consulter ne signifie pas devoir arrêter brutalement sans accompagnement ni être jugé pour ses choix.

Une première rencontre permet d’évaluer la situation, de comprendre ce qui entretient le comportement et de définir des objectifs adaptés.

Retrouver une pratique libre ou sortir du jeu

L’addiction aux jeux d’argent n’est pas un simple manque de volonté.

Elle repose sur des mécanismes psychologiques, émotionnels, comportementaux et environnementaux qui peuvent être compris et progressivement modifiés.

L’objectif de l’accompagnement est d’aider la personne à retrouver du contrôle, à limiter les conséquences du jeu, à réparer les difficultés déjà présentes et à reconstruire un quotidien plus stable.

Le rétablissement est possible. Demander de l’aide constitue souvent une première étape importante.

Limiter l’accès aux jeux et à l’argent

Les TCC s’appuient également sur des mesures concrètes destinées à réduire les occasions de jouer.

Il peut notamment être proposé de :

  • supprimer les applications de jeux et de paris ;
  • bloquer l’accès aux sites concernés ;
  • désactiver les notifications et les publicités ;
  • effectuer une démarche d’auto-exclusion ;
  • limiter les retraits et les paiements ;
  • éviter de conserver des sommes importantes sur un compte facilement accessible ;
  • confier temporairement la gestion du budget à une personne de confiance ;
  • modifier certains trajets ou certaines habitudes.

Ces mesures ne constituent pas une solution unique, mais elles créent une distance entre l’envie et le passage à l’acte.

Développer des activités alternatives

Le jeu peut occuper une place importante dans le quotidien. Il peut apporter de l’excitation, permettre de fuir certaines émotions ou combler un sentiment de vide.

Lorsqu’une personne réduit ou arrête les jeux d’argent, il est donc essentiel de l’aider à retrouver d’autres sources de plaisir et de satisfaction.

Le travail thérapeutique peut inclure la reprise progressive :

  • d’une activité sportive ;
  • de loisirs créatifs ;
  • de sorties familiales ou sociales ;
  • d’un projet professionnel ;
  • d’une formation ;
  • d’activités de détente ;
  • d’occupations procurant un sentiment d’utilité.

L’objectif est de construire un quotidien plus équilibré, dans lequel le jeu n’est plus la principale source de stimulation.

Résoudre les difficultés sans recourir au jeu

Certaines personnes jouent dans l’espoir de résoudre rapidement une dette, un problème personnel ou une situation financière difficile.

Les TCC permettent de remplacer cette réponse risquée par une méthode structurée de résolution de problèmes.

Le psychologue aide la personne à :

  1. définir précisément la difficulté ;
  2. rechercher plusieurs solutions possibles ;
  3. évaluer les avantages et les limites de chaque option ;
  4. choisir une action réaliste ;
  5. mettre cette action en place ;
  6. observer les résultats.

Une dette peut ainsi être abordée par un accompagnement budgétaire, un échéancier ou une aide sociale, plutôt que par de nouvelles mises.

Prévenir les rechutes

Une reprise ponctuelle du jeu ne signifie pas que tous les progrès réalisés sont annulés.

Dans l’approche TCC, un écart est analysé afin de comprendre ce qui s’est passé et d’améliorer le plan de prévention.

La personne apprend à identifier :

  • ses situations à haut risque ;
  • ses signes d’alerte ;
  • les pensées qui précèdent une reprise du jeu ;
  • les personnes qu’elle peut contacter ;
  • les actions à mettre en place rapidement ;
  • les moyens de limiter les conséquences d’un écart.

Cette approche permet de sortir de la culpabilité et de transformer l’expérience en occasion d’apprentissage.

Une prise en charge personnalisée

Chaque situation est différente. Le travail thérapeutique est donc adapté à l’histoire de la personne, à ses habitudes de jeu, à ses difficultés émotionnelles et aux conséquences rencontrées.

Les TCC peuvent également prendre en compte d’autres problématiques associées, comme l’anxiété, la dépression, les difficultés relationnelles, l’endettement ou la consommation d’alcool et d’autres substances.

L’objectif de l’accompagnement est d’aider la personne à retrouver progressivement du contrôle, à diminuer les risques de rechute et à reconstruire une vie plus stable, en accord avec ses besoins et ses projets.

Exemple 4 : gérer une envie déclenchée par un pari sportif

Situation

Julien regarde un match de football avec des amis. Une publicité propose une cote élevée pour un but dans les dix dernières minutes. Il pense :

« Je connais bien ces deux équipes. C’est une occasion exceptionnelle. »

Son envie passe rapidement de 3 à 8 sur 10.

Technique utilisée : le délai de décision

Julien a préparé une règle avec son psychologue : aucune mise ne peut être effectuée pendant les trente minutes suivant l’apparition d’une envie.

Il réalise alors les étapes suivantes :

  1. il évalue son envie à 8 sur 10 ;
  2. il pose son téléphone hors de portée ;
  3. il respire lentement pendant deux minutes ;
  4. il se rappelle que connaître les équipes ne permet pas de prévoir avec certitude un événement ;
  5. il relit la liste de ses pertes du mois précédent ;
  6. il envoie un message à son référent de soutien ;
  7. il sort quelques minutes de la pièce.

Après vingt minutes, l’envie est descendue à 5. À la fin du match, elle est à 2.

Débriefing en séance

Julien remarque qu’il croyait devoir supprimer immédiatement son envie. Il découvre qu’il peut la traverser sans agir.

Le psychologue renforce cette expérience :

« L’objectif n’était pas de ne ressentir aucune envie, mais de constater que vous pouviez choisir votre comportement même en présence d’une envie forte. »

Objectif thérapeutique

Augmenter la tolérance à l’impulsion et renforcer le sentiment d’efficacité personnelle.

Exemple 5 : analyser un écart et prévenir la rechute

Situation

Après trois mois sans jouer, Claire reçoit une prime professionnelle. Elle se dit :

« J’ai fait beaucoup d’efforts. Je peux bien jouer une seule fois pour me faire plaisir. »

Elle mise 100 euros, gagne d’abord 250 euros, puis rejoue la totalité et ajoute 200 euros.

Le lendemain, elle éprouve une forte honte et pense :

« J’ai tout gâché. Puisque j’ai rechuté, le traitement ne sert à rien. »

Analyse de l’écart

Le psychologue distingue l’écart ponctuel d’un retour durable aux habitudes antérieures. Ils examinent la chaîne des événements :

  • réception d’une somme inhabituelle ;
  • sentiment de récompense méritée ;
  • assouplissement des règles personnelles ;
  • premier pari ;
  • gain initial ;
  • augmentation du sentiment de contrôle ;
  • poursuite du jeu ;
  • perte ;
  • honte et pensée d’échec total.

Travail sur la pensée « tout ou rien »

Pensée automatique :

« J’ai rejoué, donc tous mes progrès sont annulés. »

Réponse alternative :

« Cet épisode est sérieux, mais il ne supprime pas trois mois de changement. Je peux l’utiliser pour renforcer mon plan de prévention. »

Nouveau plan de prévention

Claire décide que toute rentrée d’argent exceptionnelle sera répartie le jour même entre :

  • le remboursement de ses dettes ;
  • un compte d’épargne peu accessible ;
  • une dépense planifiée et non liée au jeu.

Elle contacte également son psychologue ou une personne de confiance dans les vingt-quatre heures suivant toute reprise du jeu. Elle conserve une fiche intitulée « Après un écart », qui lui rappelle de ne pas chercher à récupérer l’argent perdu.

Objectif thérapeutique

Éviter que la honte et la pensée d’échec total transforment un épisode limité en reprise prolongée du comportement.

Cinq exemples détaillés d’interventions en TCC

Exemple 1 : corriger l’idée qu’un gain est « forcément proche »

Situation

Marc joue régulièrement à la roulette en ligne. Après six mises perduantes sur le rouge, il pense :

« Le rouge n’est pas sorti depuis longtemps. Il va forcément sortir au prochain tour. »

Son envie de miser est évaluée à 9 sur 10.

Analyse cognitive

Le psychologue identifie une erreur du joueur. Marc considère que les résultats précédents influencent le prochain résultat.

Le thérapeute lui demande :

« Le prochain tour se souvient-il des tours précédents ? »

« Une série de pertes modifie-t-elle réellement le fonctionnement de la roulette ? »

« Avez-vous déjà pensé qu’un gain était certain, puis continué à perdre ? »

Marc reconnaît que cela s’est produit de nombreuses fois.

Intervention

Le psychologue utilise un exercice avec une pièce de monnaie. Même après cinq résultats « pile », la probabilité théorique d’obtenir « face » au lancer suivant ne devient pas une certitude. Chaque lancer reste un nouvel événement.

Marc construit ensuite une carte de rappel :

« Une série de pertes ne crée pas une dette du hasard envers moi. Le prochain résultat reste incertain. »

Il place cette phrase sur l’écran d’accueil de son téléphone.

Stratégie comportementale

Marc supprime l’application de roulette, bloque le site et décide que toute envie supérieure à 6 sur 10 déclenchera automatiquement une marche de vingt minutes et un appel à son frère.

Objectif thérapeutique

Diminuer la croyance selon laquelle le hasard doit compenser les pertes et introduire une réponse alternative entre l’envie et le pari.

Exemple 2 : interrompre la poursuite des pertes

Situation

Sophie commence une soirée de jeu avec un budget prévu de 50 euros. Après avoir perdu cette somme, elle retire 100 euros supplémentaires en pensant :

« Je ne peux pas rentrer chez moi avec une perte. Je dois au moins revenir à zéro. »

Elle finit par perdre 350 euros.

Analyse fonctionnelle

Le déclencheur est la perte initiale. Sophie ressent de l’anxiété, de la honte et de la colère. Elle cherche à supprimer ces émotions en continuant à jouer.

Le bénéfice immédiat est le maintien de l’espoir de récupérer l’argent. La conséquence à long terme est une aggravation de la dette et de la culpabilité.

Restructuration cognitive

Le psychologue inscrit deux colonnes.

Pensée initiale :

« Continuer à jouer peut annuler ma perte. »

Réponse alternative :

« Les 50 euros sont déjà perdus. Une nouvelle mise constitue une nouvelle dépense et non une récupération. »

Ils examinent ensuite les dix derniers épisodes au cours desquels Sophie a voulu se refaire. Dans neuf situations, elle a perdu davantage. Dans une situation, elle a récupéré une partie de la somme, mais l’a rejouée quelques jours plus tard.

Intervention comportementale

Sophie met en place les règles suivantes :

  • ne pas emporter sa carte bancaire dans un lieu de jeu ;
  • ne conserver qu’une somme limitée pour les dépenses prévues ;
  • quitter immédiatement le lieu après la perte du budget fixé ;
  • envoyer un message à une amie avant et après toute sortie à risque ;
  • s’auto-exclure des établissements qu’elle fréquentait.

Objectif thérapeutique

Transformer la perte en signal d’arrêt plutôt qu’en déclencheur d’une nouvelle séquence de jeu.

Exemple 3 : apprendre à tolérer l’ennui et la solitude

Situation

Karim joue surtout le soir lorsqu’il rentre seul chez lui. Il décrit un sentiment de vide et pense :

« Je n’ai rien d’autre à faire. Jouer m’aide à passer la soirée. »

Le jeu lui procure une stimulation immédiate, mais il se couche tard et arrive fatigué au travail.

Analyse fonctionnelle

Le déclencheur principal n’est pas l’argent, mais l’ennui et l’isolement. Le jeu remplit plusieurs fonctions : distraction, excitation et évitement de la solitude.

Intervention cognitive

Le psychologue aide Karim à nuancer sa pensée :

« Je ressens de l’ennui, mais cela ne signifie pas que le jeu est ma seule possibilité. L’envie sera forte au début, puis elle diminuera si je commence une autre activité. »

Activation comportementale

Karim construit un planning précis pour les soirées à risque :

  • lundi : salle de sport à 19 heures ;
  • mardi : repas avec son frère ;
  • mercredi : cours de langue en ligne ;
  • jeudi : préparation d’un repas et série télévisée ;
  • vendredi : activité avec un collègue ;
  • week-end : sortie à l’extérieur et tâches administratives.

Les activités sont choisies en fonction de trois critères : plaisir, sentiment d’utilité et contact social.

Exposition à l’ennui

Le thérapeute ne cherche pas à éliminer tout moment vide. Karim réalise aussi de courtes périodes pendant lesquelles il observe l’ennui sans utiliser son téléphone. Il note que l’inconfort augmente puis diminue naturellement.

Objectif thérapeutique

Développer des sources alternatives de stimulation et apprendre que l’ennui peut être toléré sans être immédiatement supprimé par le jeu.