Le tabagisme maternel
Tabac au cours de la grossesse : chiffres clés du Baromètre de Santé publique France
Un quart des femmes qui étaient enceintes entre 2016 et 2021 fumaient lorsqu'elles ont appris leur grossesse.
Parmi ces femmes qui fumaient lorsqu’elles ont eu connaissance de leur grossesse en 2021 :
- 45 % ont déclaré avoir arrêté de fumer dès qu’elles ont appris leur grossesse ou au cours de leur grossesse ;
- 51 % ont déclaré avoir réduit la quantité de tabac fumé sans arrêter totalement ;
- enfin 4 % n’ont ni arrêté ni réduit leur consommation.
Quels sont les risques du tabagisme lors de la grossesse ?
- Consommation de tabac : fertilité en baisse
- le tabac diminue la fertilité: il faut deux fois plus de cycles menstruels pour un couple fumeur pour obtenir une grossesse.
- Tabac et déroulement de la grossesse
- Fumer durant la grossesse comporte des risques pour la maman.
- Le tabagisme augmente le risque :
- de grossesse extra-utérine ;
- de fausse couche ;
- d'accouchement prématuré ;
- d'hématome rétroplacentaire.
- de placenta bas inséré,
- Tabagisme de la mère : effets chez le fœtus
- La nicotine et d’autres composants du tabac (hydrocarbures, métaux lourds…) passent le placenta.
- La consommation de tabac lors de la grossesse est responsable d'anomalies du développement du fœtus.
- Le risque le plus connu est un développement insuffisant du fœtus. Le retard de croissance est principalement causé par le passage de monoxyde de carbone (CO) dans le sang du fœtus. Ce monoxyde de carbone prend alors la place de l’oxygène.
- À la naissance, le bébé peut présenter un poids insuffisant (hypotrophie).
- Si la femme enceinte est soumise au tabagisme passif, le risque existe de façon plus modérée.
- Tabagisme de la mère : effets chez le nourrisson et l'enfant
- Si la maman choisit d'allaiter son bébé, il est important de savoir que le tabac modifie le goût du lait, sa composition et en diminue la production.
- Enfin, le tabac est la première cause de mort subite du nourrisson.
- Lorsque l'enfant grandit, si sa mère a fumé pendant la grossesse, son risque de présenter des infections respiratoires et des otites, de l'asthme et celui d'être en surpoids à l'adolescence sont majorés.
- D'après une étude américaine publiée en 2024, portant sur 1 607 enfants exposés au tabagisme maternel pendant la grossesse, ces enfants présentent entre 9 et 12 ans de moins bonnes performances à des tests neurocognitifs (particulièrement concernant le langage et la mémoire) ainsi que des structures cérébrales réduites à l'imagerie par résonance magnétique (IRM).
- Le taux global des malformations chez les enfants de fumeuses n’est pas différent de celui de la population, mais on note néanmoins l’augmentation de certaines anomalies spécifiques : fentes palatines (autrefois appelées « bec de lièvre »), malformations du crâne…
L’apport des TCC dans l’accompagnement du tabagisme pendant la grossesse
Pendant la grossesse, l’arrêt du tabac représente un enjeu important pour la santé de la mère, du fœtus puis du nourrisson. Pourtant, arrêter de fumer n’est pas seulement une question de volonté. Le tabagisme s’inscrit souvent dans des habitudes quotidiennes, des automatismes, des émotions difficiles à réguler, des pensées culpabilisantes ou décourageantes, ainsi que dans une dépendance physique et psychologique. Dans ce contexte, les thérapies cognitives et comportementales, ou TCC, peuvent constituer un accompagnement particulièrement utile, car elles proposent des outils concrets, progressifs et individualisés pour comprendre le comportement tabagique, réduire les risques de rechute et renforcer le sentiment d’efficacité personnelle.
Les TCC ne visent pas à culpabiliser la future mère. Au contraire, elles permettent de sortir d’une logique de honte ou d’échec pour adopter une approche pragmatique : identifier ce qui maintient la consommation, comprendre les situations à risque, apprendre à répondre autrement aux envies de fumer et construire un plan d’arrêt réaliste. La Haute Autorité de Santé mentionne les thérapies cognitivo-comportementales parmi les méthodes d’accompagnement du sevrage tabagique, aux côtés de l’entretien motivationnel, du soutien téléphonique et des outils d’autosupport.
Comprendre le rôle de la cigarette
La première étape en TCC consiste souvent à explorer la fonction de la cigarette dans la vie de la patiente. La cigarette peut être associée à différents moments : le réveil, la pause, les repas, les trajets, les moments de solitude, de stress, de conflit ou de fatigue. Elle peut aussi être vécue comme une aide pour calmer l’anxiété, gérer les nausées, contenir l’irritabilité, faire face à la pression ou retrouver une sensation de contrôle.
L’objectif thérapeutique est d’aider la patiente à repérer précisément les déclencheurs de la consommation : situations, émotions, pensées, sensations corporelles et contextes relationnels. Cette analyse permet de transformer une conduite automatique en un comportement mieux compris. Plus la patiente identifie ce qui précède l’envie de fumer, plus elle peut développer des réponses alternatives adaptées.
Travailler les pensées associées au tabac
Les TCC accordent une place importante aux pensées automatiques. Pendant la grossesse, certaines pensées peuvent entretenir la consommation ou rendre l’arrêt plus difficile, par exemple : « Je n’y arriverai jamais », « J’ai déjà fumé, c’est trop tard », « Une cigarette ne changera rien », « Si j’arrête, je vais être trop stressée », « Je suis une mauvaise mère », ou encore « Je vais forcément rechuter ».
Ces pensées peuvent provoquer de la culpabilité, de l’anxiété ou du découragement, qui augmentent à leur tour le risque de fumer. Le travail cognitif consiste à repérer ces pensées, à les questionner et à les remplacer par des pensées plus aidantes, réalistes et responsabilisantes. Par exemple : « Chaque cigarette évitée compte », « Je peux apprendre à gérer l’envie autrement », « Une difficulté n’est pas un échec », « Je peux demander de l’aide », ou encore « L’arrêt se construit étape par étape ».
Cette approche est essentielle, car elle réduit l’auto-jugement et favorise une attitude plus constructive. L’objectif n’est pas la perfection immédiate, mais la progression, la prévention des rechutes et la reprise rapide du parcours d’arrêt après une difficulté.
Renforcer la motivation sans pression ni culpabilité
Dans l’accompagnement du tabagisme pendant la grossesse, la motivation peut être ambivalente. Une partie de la patiente souhaite arrêter pour protéger le bébé, tandis qu’une autre partie redoute le manque, la prise de poids, le stress, l’irritabilité ou l’échec. Les TCC peuvent être associées à des techniques issues de l’entretien motivationnel afin d’explorer cette ambivalence sans jugement.
Le travail thérapeutique aide la patiente à clarifier ses propres raisons de changer : sa santé, le développement du bébé, l’allaitement, la qualité de vie familiale, l’exemple donné à l’enfant, la diminution des risques ou encore le désir de se sentir plus libre face au tabac. Cette motivation personnelle est plus efficace lorsqu’elle est construite avec la patiente, plutôt qu’imposée de l’extérieur.
L’accompagnement repose donc sur une alliance thérapeutique sécurisante. La patiente doit pouvoir parler de sa consommation réelle, de ses rechutes éventuelles et de ses difficultés sans craindre d’être jugée. Cette liberté de parole permet un accompagnement plus ajusté et plus efficace.
Apprendre à gérer les envies de fumer
Les envies de fumer sont souvent intenses mais transitoires. En TCC, la patiente apprend à reconnaître qu’une envie fonctionne comme une vague : elle monte, atteint un pic, puis redescend. Le but n’est pas toujours de « supprimer » l’envie, mais d’apprendre à la traverser sans fumer.
Plusieurs stratégies peuvent être travaillées : différer la cigarette de quelques minutes, respirer lentement, boire un verre d’eau, changer de pièce, marcher, appeler une personne de soutien, occuper les mains, utiliser une phrase d’ancrage, pratiquer une relaxation brève ou se concentrer sur une sensation corporelle apaisante. La patiente peut également apprendre à distinguer une envie liée au manque physique, une envie liée à l’habitude et une envie liée à une émotion.
Ces outils sont personnalisés. Une stratégie efficace pour une personne peut ne pas l’être pour une autre. Le rôle du thérapeute est d’aider la patiente à tester différentes réponses, à observer ce qui fonctionne et à construire une boîte à outils concrète pour les moments à risque.
Modifier les habitudes et l’environnement
Le tabac est souvent associé à des routines. Les TCC travaillent donc aussi sur l’environnement et les comportements. Il peut s’agir de modifier certaines habitudes : changer l’ordre du matin, éviter les lieux associés à la cigarette, supprimer les briquets et cendriers, prévoir des pauses sans tabac, adapter les trajets, organiser des moments de récupération ou créer de nouveaux rituels après les repas.
L’accompagnement peut également inclure le partenaire ou l’entourage lorsque cela est pertinent. Le tabagisme passif constitue lui aussi un facteur de risque, même si le niveau de risque est plus modéré que pour une consommation directe. La démarche peut donc intégrer une réflexion familiale : instaurer un domicile sans tabac, éviter de fumer dans la voiture, demander à l’entourage de ne pas proposer de cigarette et favoriser un climat de soutien plutôt que de pression.
Prévenir les rechutes
La rechute ne doit pas être considérée comme un échec définitif. En TCC, elle est analysée comme une information : que s’est-il passé ? Quelle situation a déclenché la consommation ? Quelle émotion était présente ? Quelle pensée a précédé la cigarette ? Quel outil aurait pu être utilisé ? Que peut-on mettre en place pour la prochaine fois ?
Cette analyse permet de renforcer les compétences de prévention. La patiente apprend à identifier ses situations à haut risque : stress intense, conflit, isolement, fatigue, annonce médicale inquiétante, pression sociale, présence d’autres fumeurs, ou période post-partum. Le post-partum mérite une attention particulière, car la fatigue, les changements hormonaux, le manque de sommeil et la charge mentale peuvent fragiliser le maintien de l’arrêt.
Le travail thérapeutique peut donc se poursuivre après la naissance afin de consolider l’arrêt, soutenir l’allaitement si la mère le souhaite, prévenir la reprise du tabac et accompagner les ajustements émotionnels liés à l’arrivée du bébé.
Prendre en compte l’anxiété, le stress et la culpabilité
La grossesse est une période de vulnérabilité émotionnelle. Certaines femmes fument davantage lorsqu’elles sont anxieuses, tristes, irritables ou submergées. Les TCC peuvent aider à développer des compétences de régulation émotionnelle : respiration, relaxation, restructuration cognitive, résolution de problème, affirmation de soi, planification de moments de repos et mise en place de soutiens.
Un point central est le travail sur la culpabilité. La culpabilité peut parfois motiver un changement, mais lorsqu’elle devient excessive, elle peut produire l’effet inverse : évitement, honte, découragement et maintien de la consommation. Les TCC permettent d’adopter une posture plus équilibrée : reconnaître les risques sans dramatiser, responsabiliser sans accuser, soutenir le changement sans humilier.
Construire un plan d’arrêt personnalisé
Un accompagnement TCC peut aboutir à un plan d’arrêt individualisé. Ce plan peut comprendre :
- l’évaluation de la consommation actuelle ;
- l’identification des moments les plus à risque ;
- les motivations personnelles de la patiente ;
- les stratégies à utiliser en cas d’envie ;
- les personnes ressources ;
- les changements à mettre en place dans l’environnement ;
- les réponses aux pensées décourageantes ;
- un plan en cas de rechute ;
- un suivi régulier pour ajuster les objectifs.
Selon la situation, l’arrêt complet peut être préparé progressivement ou décidé à une date précise. Dans tous les cas, il est important que la patiente soit accompagnée par des professionnels formés : médecin, sage-femme, tabacologue, psychologue ou professionnel de santé spécialisé. Les substituts nicotiniques peuvent faire partie de la prise en charge lorsqu’ils sont indiqués et prescrits dans un cadre médical adapté ; en France, leur prise en charge relève du droit commun et n’est plus limitée par un forfait annuel.
Un accompagnement fondé sur des données probantes
Les interventions psychosociales pendant la grossesse, dont font partie les approches comportementales et le soutien psychologique structuré, ont montré un intérêt pour aider les femmes enceintes à arrêter de fumer. Une revue Cochrane rapporte que ces interventions augmentent la proportion de femmes ayant arrêté de fumer en fin de grossesse et sont associées à certains bénéfices périnataux, notamment sur le poids de naissance et les admissions en soins néonataux.
Les TCC s’inscrivent donc dans une démarche globale de santé périnatale. Elles ne remplacent pas le suivi médical de grossesse, mais elles le complètent en agissant sur les dimensions psychologiques, comportementales et émotionnelles de la dépendance. Elles permettent d’accompagner la patiente dans un changement concret, réaliste et respectueux de son rythme.
En résumé
Dans le cadre du tabagisme pendant la grossesse, les TCC apportent une aide précieuse pour comprendre la dépendance, réduire les automatismes, gérer les envies de fumer, renforcer la motivation, prévenir les rechutes et diminuer la culpabilité. Elles offrent un accompagnement structuré, bienveillant et orienté vers des solutions concrètes.
L’objectif n’est pas de juger la future mère, mais de l’aider à retrouver du pouvoir d’agir. Chaque réduction de consommation, chaque cigarette évitée et chaque stratégie mise en place peuvent représenter une avancée. Avec un accompagnement adapté, il est possible de construire un arrêt plus stable, de protéger la santé du bébé et de soutenir la mère dans une période de vie particulièrement importante.