Accouchement traumatique : comment l’EMDR peut-elle aider après la naissance ?

Un accouchement peut être vécu comme traumatique après une césarienne en urgence, une hémorragie, une extraction instrumentale, une douleur extrême, une séparation avec le bébé ou une hospitalisation en néonatologie. Mais la gravité médicale n'explique pas tout : le vécu subjectif joue également un rôle essentiel.

Certaines femmes restent marquées par des pensées telles que : « J'ai cru que j'allais mourir », « Mon bébé allait mourir », « Je n'avais plus aucun contrôle » ou « Mon corps m'a trahie ».

Quand le souvenir de l'accouchement ne s'apaise pas

Dans les jours qui suivent une naissance difficile, il est fréquent de repenser à ce qui s'est passé. Cela ne signifie pas nécessairement qu'un trouble psychologique s'installe.

En revanche, lorsque plusieurs semaines plus tard persistent des symptômes tels que des flashbacks, des cauchemars, une hypervigilance, des évitements ou une forte anxiété à l'idée de retourner dans une maternité, une évaluation peut être utile.

Les recherches montrent qu'un trouble de stress post-traumatique lié à l'accouchement peut apparaître chez une minorité de femmes après la naissance. Sa fréquence augmente nettement lorsque l'accouchement a été vécu comme particulièrement traumatique.

Il est également important de distinguer le stress post-traumatique d'une dépression du post-partum, même si les deux peuvent être associés.

Une prise en charge adaptée à la période périnatale

Le post-partum est une période particulière. La mère peut être épuisée, dormir peu, récupérer d'une césarienne ou d'autres complications et s'occuper simultanément de son enfant.

La prise en charge doit donc être individualisée.

L'EMDR peut s'intégrer à un accompagnement plus global et, lorsque cela est nécessaire, être coordonné avec le médecin, la sage-femme, le gynécologue-obstétricien ou un psychiatre.

Une vigilance particulière reste nécessaire en présence d'une dépression sévère, d'idées suicidaires, de symptômes dissociatifs importants ou d'une psychose du post-partum.

Quel peut être l'intérêt de l'EMDR ?

L'EMDR, pour Eye Movement Desensitization and Reprocessing, est une psychothérapie principalement utilisée dans le traitement des souvenirs traumatiques.

Son objectif n'est pas d'effacer le souvenir de l'accouchement, mais de réduire la charge émotionnelle qui lui reste associée.

Après un accouchement traumatique, différentes scènes peuvent être travaillées : l'annonce d'une césarienne en urgence, la peur de mourir, le ralentissement du rythme cardiaque du bébé, une hémorragie, la sensation de ne plus pouvoir respirer ou encore la séparation avec le nouveau-né.

Le souvenir reste présent, mais il peut progressivement être vécu comme appartenant au passé plutôt que comme une menace encore actuelle.

Que disent les études ?

Les recherches portant spécifiquement sur l'EMDR après un accouchement sont encore relativement récentes, mais plusieurs études apportent des résultats encourageants.

Un essai pilote mené par Chiorino et ses collaborateurs a montré une diminution des symptômes post-traumatiques chez des femmes ayant vécu une naissance traumatique.

Plus récemment, une étude randomisée publiée en 2025 a porté sur 151 femmes ayant vécu leur accouchement comme traumatique. Certaines ont bénéficié de deux séances d'EMDR entre la deuxième et la cinquième semaine après la naissance. La diminution des symptômes post-traumatiques était plus importante dans le groupe ayant reçu l'EMDR que dans le groupe contrôle.

Ces résultats sont intéressants, mais ils ne signifient pas que toutes les femmes ayant vécu un accouchement difficile doivent recevoir systématiquement une thérapie EMDR.

Faut-il intervenir immédiatement ?

Pas nécessairement.

Une réaction émotionnelle forte dans les premiers jours suivant une naissance difficile peut être normale. Le corps et le cerveau ont besoin de temps pour récupérer.

L'enjeu consiste donc à ne pas banaliser une souffrance importante, tout en évitant de pathologiser trop rapidement une réaction normale à un événement éprouvant.

L'intensité des symptômes, leur durée et leur retentissement sur le sommeil, la vie quotidienne ou la relation avec le bébé doivent guider l'évaluation.

Et lors d'une grossesse suivante ?

Un accouchement traumatique peut également se réactiver lors d'une grossesse ultérieure.

Les consultations médicales, les échographies, l'approche du terme ou le retour à la maternité peuvent réveiller les souvenirs de la naissance précédente.

Dans ce contexte, le travail thérapeutique peut permettre de réduire l'influence du traumatisme passé sur la grossesse actuelle.

L'objectif n'est pas de décider à la place de la femme comment elle doit accoucher, mais de lui permettre de retrouver davantage de sécurité psychologique.

En conclusion

Un accouchement peut être médicalement terminé tout en restant psychologiquement très présent.

Lorsque les images, les sensations ou la peur continuent d'envahir le quotidien, une prise en charge centrée sur le traumatisme peut être indiquée.

Les recherches récentes suggèrent que l'EMDR peut constituer une option intéressante après un accouchement traumatique, à condition que son indication soit posée après une évaluation clinique et adaptée à la situation de chaque femme.

Références

Chiorino, V. et al. (2020). The EMDR Recent Birth Trauma Protocol: A pilot randomised clinical trial after traumatic childbirth. Psychology & Health, 35(7), 795-810.

Hendrix, Y. M. G. A. et al. (2025). Treatment of traumatic birth experience with postpartum early eye movement desensitization and reprocessing therapy: A randomized clinical trial. American Journal of Obstetrics & Gynecology.

Lai, X. et al. (2023). The incidence of post-traumatic stress disorder following traumatic childbirth: A systematic review and meta-analysis. International Journal of Gynecology & Obstetrics, 162(1), 211-221.

Yildiz, P. D., Ayers, S., & Phillips, L. (2022). Prevalence and risk factors of birth-related posttraumatic stress among parents: A systematic review and meta-analysis. Clinical Psychology Review, 94, 102157.

Haute Autorité de santé. (2021). Repérage, diagnostic et prise en charge des troubles psychiques périnatals.