Les médicaments de la famille des analogues du GLP-1 ont profondément transformé les perspectives thérapeutiques du diabète de type 2 et de l'obésité. Mais leur diffusion rapide, leur utilisation à des fins esthétiques et leur influence sur l'appétit soulèvent de nouvelles questions concernant les troubles des conduites alimentaires (TCA). Peuvent-ils améliorer certains comportements alimentaires compulsifs ? Risquent-ils, à l'inverse, de renforcer la restriction, la peur de grossir ou l'obsession du poids ? Et pourquoi les thérapies cognitives et comportementales (TCC) conservent-elles un rôle essentiel ?
Le 27 octobre 2026, l'émission La Science, CQFD, diffusée sur France Culture, a consacré un numéro à cette question : « Ozempic, Wegovy, Mounjaro : une révolution éclipsée par leur détournement ? »
Cette interrogation renvoie à un enjeu majeur de santé publique : comment bénéficier d'innovations pharmacologiques importantes tout en prévenant leurs usages inappropriés et leurs conséquences psychologiques ?
La question est particulièrement pertinente pour les personnes présentant des troubles des conduites alimentaires, notamment l'hyperphagie boulimique, la boulimie nerveuse, l'anorexie mentale ou des comportements alimentaires restrictifs.
L'efficacité d'un médicament sur le poids ou l'appétit ne signifie pas nécessairement qu'il traite les mécanismes psychologiques d'un trouble alimentaire.
Pour comprendre ces enjeux, il est essentiel de distinguer les indications médicales, les résultats des recherches et les approches psychothérapeutiques dont l'efficacité est déjà établie.
1. Ozempic, Wegovy et Mounjaro : de quels médicaments parle-t-on ?
Ozempic, Wegovy et Mounjaro appartiennent à une nouvelle génération de médicaments intervenant sur la régulation métabolique et les signaux physiologiques de l'appétit.
Le rôle du GLP-1 dans l'organisme
Le GLP-1, ou glucagon-like peptide-1, est une hormone intestinale libérée notamment après les repas.
Elle participe à différents processus physiologiques :
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La régulation de la sécrétion d'insuline en fonction de la glycémie.
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La diminution de la sécrétion de glucagon lorsque cela est approprié.
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Le ralentissement de la vidange gastrique.
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La régulation de la satiété.
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La modulation de certains circuits cérébraux intervenant dans la prise alimentaire.
Les médicaments agissant sur cette voie amplifient ou reproduisent certains de ces effets.
Ozempic : un traitement du diabète de type 2
Ozempic contient du sémaglutide, un agoniste des récepteurs du GLP-1.
Son indication principale concerne le traitement du diabète de type 2, dans des conditions définies par son autorisation de mise sur le marché.
La perte de poids observée chez certains patients a largement contribué à sa médiatisation.
Cependant, Ozempic ne doit pas être confondu avec un médicament destiné à une perte de poids esthétique.
Wegovy : le sémaglutide dans la prise en charge de l'obésité
Wegovy contient également du sémaglutide, mais il est développé et autorisé pour la gestion du poids dans des situations médicales précises.
Il intervient dans une prise en charge globale de l'obésité comprenant des interventions nutritionnelles, comportementales et physiques adaptées.
Mounjaro : une double action hormonale
Mounjaro contient du tirzépatide.
Contrairement au sémaglutide, le tirzépatide agit sur deux systèmes hormonaux : les récepteurs du GIP et ceux du GLP-1.
Cette double action participe à ses effets métaboliques et à la régulation de la prise alimentaire.
Ces médicaments ne sont pas interchangeables sans évaluation médicale. Leurs indications, leurs doses et leurs précautions d'emploi doivent être respectées.
2. Pourquoi ces traitements représentent-ils une véritable avancée scientifique ?
L'obésité constitue une maladie chronique complexe, dans laquelle interviennent des facteurs génétiques, hormonaux, métaboliques, environnementaux et comportementaux.
Pendant longtemps, les stratégies thérapeutiques ont été centrées principalement sur les modifications alimentaires et l'activité physique.
Ces interventions conservent une place importante, mais elles ne suffisent pas toujours à obtenir une amélioration métabolique durable.
Les nouvelles thérapies pharmacologiques permettent désormais d'intervenir sur plusieurs mécanismes physiologiques contribuant à la régulation du poids.
Les résultats de l'étude STEP 1 sur le sémaglutide
Publiée en 2021 dans le New England Journal of Medicine, l'étude STEP 1 a inclus 1 961 adultes présentant une obésité ou un surpoids avec certaines complications, sans diabète.
Après 68 semaines, la diminution moyenne du poids était de :
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14,9 % dans le groupe recevant du sémaglutide.
-
2,4 % dans le groupe placebo.
Ces résultats démontrent un effet important sur le poids corporel dans la population étudiée, dans le cadre d'une prise en charge associant médicament et intervention sur le mode de vie.
Les résultats de l'étude SURMOUNT-1 sur le tirzépatide
Publiée en 2022 dans la même revue, l'étude SURMOUNT-1 a inclus 2 539 adultes.
Après 72 semaines, la réduction moyenne du poids atteignait, selon les doses étudiées :
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15,0 % avec 5 mg de tirzépatide.
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19,5 % avec 10 mg.
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20,9 % avec 15 mg.
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3,1 % avec le placebo.
Ces résultats ont profondément modifié les perspectives du traitement pharmacologique de l'obésité.
Cependant, ces pourcentages représentent des moyennes observées dans des essais cliniques. Ils ne constituent pas une garantie individuelle et ne doivent pas être considérés comme des objectifs de perte de poids pour le grand public.
Surtout, ces études évaluent principalement des résultats métaboliques et pondéraux. Elles ne démontrent pas, à elles seules, la guérison d'un trouble des conduites alimentaires.
3. Pourquoi le détournement de ces médicaments inquiète-t-il ?
L'efficacité des médicaments GLP-1 sur le poids a rapidement suscité un intérêt dépassant leurs indications médicales.
Sur les réseaux sociaux, certains contenus les présentent comme des moyens simples et rapides de modifier sa silhouette.
Cette représentation peut encourager leur utilisation chez des personnes ne présentant pas d'indication médicale appropriée.
Une pression sociale autour de la minceur
Dans de nombreuses sociétés, le poids corporel reste associé à des jugements sur l'apparence, la maîtrise de soi, la santé et parfois la valeur personnelle.
Une personne peut progressivement développer des croyances telles que :
« Je serai davantage acceptée si je maigris. »
« Je ne peux pas être bien dans ma peau avec mon poids actuel. »
« Si je contrôle parfaitement mon alimentation, je contrôlerai aussi ma vie. »
« Mon apparence détermine ma valeur. »
Ces croyances peuvent contribuer à une insatisfaction corporelle persistante, à des régimes restrictifs ou à des comportements alimentaires problématiques.
Le risque apparaît lorsqu'un médicament destiné à traiter une maladie devient principalement recherché pour répondre à une pression esthétique.
Des risques médicaux réels
Les effets indésirables possibles comprennent notamment les nausées, les vomissements, les diarrhées, la constipation et certains troubles digestifs.
Des complications plus graves peuvent survenir, notamment des pancréatites, des problèmes biliaires ou une déshydratation importante.
Les risques dépendent du médicament, des antécédents médicaux, des traitements associés et des conditions d'utilisation.
L'utilisation sans suivi médical, l'achat de produits d'origine incertaine ou le non-respect des indications augmentent les préoccupations de sécurité.
Des conséquences possibles sur le rapport à l'alimentation
Chez une personne psychologiquement vulnérable, une diminution marquée de l'appétit peut parfois renforcer des comportements restrictifs ou des préoccupations excessives concernant le poids.
Il est toutefois important de distinguer un risque clinique plausible d'un effet systématiquement démontré.
Les recherches actuelles ne permettent pas d'affirmer que ces médicaments provoquent nécessairement un TCA.
Elles justifient en revanche une vigilance particulière chez les personnes présentant des antécédents de troubles alimentaires.
4. Troubles des conduites alimentaires : pourquoi la question est-elle complexe ?
Les troubles des conduites alimentaires ne se résument pas à une difficulté de régulation de l'appétit.
Ils impliquent des interactions entre pensées, émotions, comportements, représentations corporelles et facteurs biologiques.
L'hyperphagie boulimique
L'hyperphagie boulimique se caractérise par des épisodes récurrents au cours desquels une personne consomme une quantité importante de nourriture en éprouvant une sensation de perte de contrôle.
Ces épisodes peuvent s'accompagner d'une consommation rapide, d'une alimentation en l'absence de faim physique, d'un inconfort important et de sentiments de honte ou de culpabilité.
Contrairement à la boulimie nerveuse, ils ne sont pas régulièrement suivis de comportements compensatoires inappropriés.
Les mécanismes de maintien peuvent notamment comprendre les difficultés de régulation émotionnelle, la restriction alimentaire, les habitudes comportementales et les réactions aux situations stressantes.
La boulimie nerveuse
La boulimie associe des épisodes de perte de contrôle alimentaire à des comportements compensatoires répétés, tels que les vomissements provoqués, l'utilisation inappropriée de certains médicaments, le jeûne ou l'exercice physique excessif.
L'estime de soi est souvent fortement influencée par le poids et la silhouette.
L'anorexie mentale
L'anorexie mentale se caractérise notamment par des restrictions alimentaires entraînant un poids significativement bas, une peur intense de prendre du poids ou des comportements empêchant sa reprise, ainsi que des perturbations du rapport au poids et à la silhouette.
Il existe également des tableaux d'anorexie atypique présentant une souffrance importante et des risques médicaux, même lorsque le poids ne paraît pas particulièrement bas.
Les conduites alimentaires problématiques sans diagnostic formel
Certaines personnes ne répondent pas à tous les critères d'un TCA caractérisé, mais présentent néanmoins :
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Une alternance entre restriction et perte de contrôle alimentaire.
-
Une culpabilité intense après les repas.
-
Une surveillance permanente des calories.
-
Des vérifications corporelles répétées.
-
Une peur excessive de grossir.
-
Des comportements compensatoires.
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Une obsession de la nourriture, du poids ou de la silhouette.
Ces difficultés méritent une évaluation adaptée, indépendamment du poids corporel.
5. Les médicaments GLP-1 peuvent-ils améliorer l'hyperphagie boulimique ?
La question intéresse particulièrement les chercheurs.
Certains médicaments agissant sur le GLP-1 influencent la satiété, les sensations de faim et certains processus cérébraux associés à la prise alimentaire.
Des études préliminaires suggèrent qu'ils pourraient réduire certains épisodes d'hyperphagie ou de perte de contrôle alimentaire chez des personnes présentant une obésité.
Cependant, plusieurs éléments invitent à la prudence.
Ce que montrent les recherches récentes
Une revue de la littérature publiée en juin 2026 dans le Journal of Eating Disorders a examiné les études portant sur les injections destinées à la perte de poids chez des personnes présentant des troubles alimentaires.
Sur 80 références initialement identifiées, seules neuf études ont été retenues dans l'analyse finale.
Les auteurs soulignent que les preuves restent limitées concernant les effets psychologiques, les conséquences sur l'image corporelle et les risques potentiels chez les personnes présentant différents TCA.
Une autre méta-analyse publiée en 2026 suggère une réduction moyenne de plusieurs comportements associés à l'hyperphagie chez des personnes traitées par agonistes du GLP-1.
Mais les auteurs rapportent également une hétérogénéité importante entre les études et des risques de biais.
Réduire les crises ne suffit pas toujours à traiter le TCA
Une diminution de la fréquence des épisodes alimentaires peut constituer un résultat intéressant.
Toutefois, un trouble alimentaire peut également s'accompagner de :
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Croyances rigides sur le poids et la silhouette.
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Difficultés à tolérer certaines émotions.
-
Insatisfaction corporelle persistante.
-
Restrictions alimentaires répétées.
-
Honte, culpabilité et dévalorisation.
-
Peur de perdre le contrôle.
-
Comportements d'évitement.
La réduction pharmacologique de l'appétit ne garantit pas la disparition de ces mécanismes.
Un traitement médical peut donc agir sur certaines manifestations alimentaires sans résoudre nécessairement les facteurs psychologiques qui participent au maintien du trouble.
En octobre 2026, ces médicaments ne constituent pas un traitement pharmacologique de référence autorisé spécifiquement pour l'hyperphagie boulimique en France.
6. Quels risques spécifiques en présence d'anorexie, de boulimie ou de restriction alimentaire ?
Les effets sur l'appétit peuvent être particulièrement problématiques lorsque la personne présente déjà une restriction alimentaire importante.
Chez certaines personnes, une baisse de la faim pourrait être interprétée comme un moyen de renforcer le contrôle de l'alimentation.
Ce fonctionnement peut entretenir des croyances telles que :
« Moins je mange, mieux je vais. »
« Si je n'ai plus faim, je ne risque plus de perdre le contrôle. »
« La perte de poids prouve que je réussis. »
« Je ne peux pas arrêter ce traitement sans reprendre du poids. »
Ces pensées peuvent favoriser une dépendance psychologique à l'objectif de contrôle pondéral, sans que cela implique nécessairement une addiction pharmacologique au médicament.
Chez une personne présentant une anorexie ou une restriction importante, la suppression supplémentaire de l'appétit pourrait aggraver une situation nutritionnelle déjà fragile.
Chez une personne présentant une boulimie, l'existence de vomissements provoqués, de déshydratation ou de déséquilibres électrolytiques impose également une vigilance médicale particulière.
Les recommandations d'experts publiées en 2026 préconisent de rechercher systématiquement les antécédents de TCA avant l'introduction de ces traitements et de suivre les symptômes alimentaires durant leur utilisation.
La décision de prescription ou de poursuite relève exclusivement du médecin prescripteur, en tenant compte de l'ensemble de la situation clinique.
7. Quelle place pour les thérapies cognitives et comportementales dans les TCA ?
Les thérapies cognitives et comportementales constituent une approche psychothérapeutique recommandée dans plusieurs troubles des conduites alimentaires.
Leur objectif ne consiste pas uniquement à modifier la quantité de nourriture consommée.
Elles visent à comprendre les mécanismes cognitifs, émotionnels et comportementaux qui entretiennent les difficultés.
L'analyse fonctionnelle des comportements alimentaires
Une première étape peut consister à repérer les situations dans lesquelles apparaissent des restrictions, des compulsions ou des pertes de contrôle.
Le travail explore notamment :
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La situation déclenchante.
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Les pensées automatiques.
-
Les émotions ressenties.
-
Les sensations corporelles.
-
Les comportements alimentaires.
-
Les conséquences immédiates.
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Les effets à plus long terme.
Cette analyse permet d'identifier la fonction que peut remplir le comportement alimentaire dans la vie de la personne.
Par exemple, une crise alimentaire peut parfois contribuer à diminuer temporairement une tension émotionnelle, même si elle est suivie de culpabilité et de souffrance.
Le travail sur la restriction alimentaire
Dans certains TCA, une restriction importante peut contribuer aux épisodes de perte de contrôle.
La TCC spécialisée cherche alors à rétablir une alimentation régulière, adaptée et suffisamment nourrissante.
Le travail ne consiste pas à renforcer les interdits alimentaires ou à multiplier les règles de contrôle.
Il vise au contraire à réduire les cycles de privation, de perte de contrôle et de culpabilité.
Lorsque la situation le nécessite, ce travail doit être coordonné avec un médecin et un diététicien formé aux TCA.
La restructuration cognitive
Les TCA s'accompagnent parfois de croyances très rigides :
« J'ai mangé un aliment interdit, ma journée est gâchée. »
« Je ne peux pas être appréciée si je prends du poids. »
« Je dois toujours contrôler ce que je mange. »
« Si je ressens une envie alimentaire, je vais forcément perdre le contrôle. »
La restructuration cognitive consiste à identifier ces pensées, à examiner leur fonctionnement et à développer des interprétations plus nuancées.
L'objectif n'est pas d'imposer une pensée positive, mais de réduire la rigidité cognitive et les jugements excessifs.
La régulation émotionnelle
Chez certaines personnes, les comportements alimentaires problématiques apparaissent particulièrement lors de périodes de tristesse, d'anxiété, de colère, de solitude ou de fatigue.
Le travail TCC peut aider à identifier ces liens et à développer des stratégies alternatives.
Celles-ci peuvent comprendre la reconnaissance des émotions, la résolution de problèmes, la tolérance à la détresse et la modification des comportements d'évitement.
Le travail sur l'image corporelle
La souffrance alimentaire ne dépend pas uniquement du poids réel.
Une personne peut présenter une insatisfaction corporelle importante malgré une évolution pondérale médicalement favorable.
Les TCC peuvent aider à réduire les vérifications corporelles compulsives, l'évitement du miroir, les comparaisons permanentes et la place excessive accordée au poids dans l'estime personnelle.
Ce travail est particulièrement pertinent dans un contexte où les réseaux sociaux valorisent fréquemment des transformations corporelles rapides.
8. Un exemple clinique : restriction alimentaire, culpabilité et perte de contrôle
Prenons une situation fictive représentative de certains mécanismes observés dans les TCA.
Une personne souhaite perdre du poids et commence à supprimer plusieurs catégories d'aliments.
Elle vérifie régulièrement son poids et comptabilise précisément toutes ses calories.
Lorsqu'elle respecte ses règles, elle ressent momentanément un sentiment de maîtrise.
Cependant, après une journée stressante et une alimentation insuffisante, elle présente un épisode de perte de contrôle alimentaire.
Elle éprouve ensuite de la honte, de la culpabilité et la conviction d'avoir échoué.
Pour compenser, elle décide de restreindre davantage son alimentation le lendemain.
Le cercle vicieux peut se présenter ainsi :
Insatisfaction corporelle → restriction alimentaire → faim et préoccupations alimentaires accrues → épisode de perte de contrôle → culpabilité → restriction renforcée.
Dans ce fonctionnement, rechercher uniquement une diminution supplémentaire de l'appétit ne permet pas nécessairement de traiter le problème dans son ensemble.
Comment les TCC peuvent-elles intervenir ?
L'accompagnement cherche notamment à comprendre les déclencheurs des crises, à diminuer la rigidité des règles alimentaires, à développer une alimentation plus régulière et à modifier les croyances liées au poids.
Un travail sur la régulation émotionnelle et sur l'estime de soi peut également être proposé.
Il convient de souligner que ce modèle n'explique pas toutes les situations d'hyperphagie : les mécanismes individuels doivent toujours être évalués.
9. Peut-on associer un traitement GLP-1 et une psychothérapie TCC ?
Lorsqu'un médicament est prescrit pour une indication médicale reconnue, la présence de difficultés psychologiques ou alimentaires mérite une évaluation spécifique.
La question n'est pas d'opposer systématiquement traitement pharmacologique et psychothérapie.
Il s'agit de déterminer si les deux approches peuvent répondre à des besoins différents, tout en tenant compte des risques.
Le rôle du médecin
Le médecin évalue notamment les indications métaboliques, les contre-indications, les traitements associés, les effets indésirables et l'évolution médicale.
Il peut également rechercher un TCA actuel ou ancien, ou demander un avis spécialisé.
Le rôle de la psychothérapie
La psychothérapie TCC peut porter sur les préoccupations alimentaires, les pensées négatives, les comportements de restriction, les compulsions, l'image corporelle et les difficultés émotionnelles associées.
L'intérêt de la coordination
Une coordination entre médecin, psychiatre si nécessaire, professionnel spécialisé dans les TCA et diététicien formé à ces troubles peut permettre une prise en charge plus cohérente.
La surveillance doit porter non seulement sur les paramètres médicaux, mais également sur l'évolution du rapport à l'alimentation.
Une amélioration pondérale ne suffit pas à conclure à une amélioration psychologique.
10. Comment reconnaître les signes d'alerte d'un trouble alimentaire ?
Plusieurs manifestations peuvent justifier une évaluation :
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Une préoccupation envahissante concernant le poids, les calories ou la silhouette.
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Des restrictions alimentaires de plus en plus importantes.
-
Des épisodes répétés de perte de contrôle alimentaire.
-
Des comportements compensatoires.
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Une culpabilité intense après les repas.
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Une peur importante de reprendre du poids.
-
Des vérifications corporelles excessives.
-
Un isolement social autour des repas.
-
Une détérioration du fonctionnement quotidien.
-
Une souffrance émotionnelle liée à l'alimentation.
Chez une personne prenant un médicament agissant sur l'appétit, l'apparition ou l'aggravation de ces signes doit être signalée au prescripteur.
Une perte de poids rapide, des malaises, une déshydratation ou une incapacité à s'alimenter suffisamment nécessitent également une évaluation médicale rapide.
Un TCA peut exister à n'importe quel poids. L'apparence corporelle ne permet pas à elle seule d'en exclure la présence.
11. Les enjeux psychologiques d'une société centrée sur la perte de poids
L'arrivée de médicaments capables de provoquer des pertes de poids importantes transforme également la manière dont le poids corporel est perçu.
Pour certains patients, ces traitements peuvent représenter un progrès médical considérable.
Pour d'autres, leur médiatisation peut renforcer l'idée que toute variation corporelle devrait être contrôlée ou corrigée.
Cette évolution soulève plusieurs questions :
La minceur risque-t-elle d'être davantage considérée comme une obligation ?
La disponibilité de ces traitements peut-elle augmenter les comparaisons corporelles ?
Certaines personnes vulnérables seront-elles tentées de rechercher une perte de poids sans indication médicale ?
Comment distinguer une prise en charge médicale de l'obésité d'une démarche dominée par l'insatisfaction corporelle ?
Ces questions relèvent encore largement de la recherche clinique, psychologique et sociologique.
Elles rappellent néanmoins la nécessité d'une approche respectueuse des personnes, sans stigmatisation du poids.
L'obésité et les troubles des conduites alimentaires peuvent coexister. Aucun de ces diagnostics ne doit effacer l'autre.
12. Vers une approche intégrée : santé métabolique, comportement alimentaire et santé psychologique
L'évolution des connaissances invite à dépasser une vision exclusivement centrée sur la balance.
L'amélioration de la santé métabolique, la réduction des symptômes alimentaires, le bien-être psychologique et la qualité de vie sont des dimensions différentes, même lorsqu'elles interagissent.
Une personne peut bénéficier médicalement d'un traitement contre l'obésité tout en nécessitant un accompagnement psychothérapeutique.
Inversement, une personne présentant une souffrance alimentaire importante peut avoir besoin d'une prise en charge spécialisée sans qu'un objectif de perte de poids soit indiqué.
Dans les TCA, la priorité thérapeutique peut consister à retrouver une alimentation suffisamment régulière, à diminuer les épisodes de perte de contrôle et à développer un rapport moins conflictuel au corps et à l'alimentation.
La question essentielle ne se limite donc pas à savoir si un médicament permet de manger moins, mais à comprendre comment la personne mange, pourquoi elle mange ou se restreint, ce qu'elle ressent et quelle place l'alimentation occupe dans son équilibre psychologique.
Conclusion : une révolution médicale qui appelle une vigilance psychologique
Ozempic, Wegovy et Mounjaro témoignent d'avancées importantes dans le traitement du diabète et de l'obésité.
Leur efficacité métabolique est soutenue par des essais cliniques de grande ampleur.
Cependant, leur diffusion rapide et leur détournement à des fins esthétiques soulèvent de nouvelles questions concernant l'image corporelle, la restriction alimentaire et les troubles des conduites alimentaires.
Les premières études suggèrent un intérêt potentiel de certains médicaments GLP-1 dans les comportements d'hyperphagie, mais les preuves restent encore insuffisantes pour en faire une stratégie thérapeutique standard des TCA.
Les thérapies cognitives et comportementales conservent une place importante dans la prise en charge psychologique de l'hyperphagie boulimique et de la boulimie, ainsi que dans certains parcours de soins de l'anorexie, selon l'âge et les indications.
Elles permettent de travailler sur les mécanismes qui ne se résument pas à la sensation de faim : croyances alimentaires, contrôle excessif, culpabilité, restriction, image corporelle et régulation émotionnelle.
Une avancée thérapeutique ne doit pas être évaluée uniquement à partir du poids perdu, mais aussi à partir de ses bénéfices pour la santé globale et de son impact sur la qualité de vie.
Accompagnement des difficultés alimentaires et de l'image corporelle au Cabinet Flora Mentis
Au Cabinet Flora Mentis, à Oyonnax dans l'Ain, Florence Chatenet, psychopraticienne TCC et praticienne EMDR/IMO, propose un accompagnement individualisé des difficultés psychologiques liées à l'alimentation, à la culpabilité, aux comportements de perte de contrôle, aux préoccupations corporelles et à l'estime de soi.
Le travail peut notamment porter sur l'identification des déclencheurs émotionnels, l'analyse fonctionnelle, les pensées automatiques, les comportements restrictifs et les stratégies de régulation émotionnelle.
En présence d'un trouble des conduites alimentaires avéré ou suspecté, une évaluation médicale spécialisée et une prise en charge pluridisciplinaire sont recommandées. L'accompagnement psychothérapeutique intervient alors dans un cadre coordonné, sans se substituer aux soins médicaux et nutritionnels nécessaires.
Les consultations peuvent être proposées en présentiel à Oyonnax, à proximité de Bellignat, Arbent, Nantua et Saint-Claude, ou en visioconférence, en téléconsultation, en ligne et à distance, lorsque la situation clinique et le cadre réglementaire le permettent.
Cabinet Flora Mentis – Florence Chatenet
Psychopraticienne TCC et praticienne EMDR/IMO
Oyonnax – Ain – Haut-Bugey – Téléconsultation
Article scientifique et pédagogique – octobre 2026. Les informations présentées ne constituent ni un diagnostic ni un conseil de prescription médicale.
Références scientifiques et recommandations professionnelles
1. Barrett P., Papastavrou Brooks C., McCluskey S. et Brown A. (2026).
A scoping review on weight loss injections and eating disorders: therapeutic impact, risks of misuse, and emerging harms.
Journal of Eating Disorders, 14, article 194.
Cette revue scientifique examine les bénéfices potentiels et les risques des médicaments injectables destinés à la perte de poids chez les personnes présentant des troubles alimentaires. Les auteurs soulignent le manque de données sur leurs effets psychologiques, notamment concernant la restriction alimentaire et l'image corporelle.
https://doi.org/10.1186/s40337-026-01634-6
2. Škudar S. (2026).
Eating Disorders in the GLP-1 Era: A Spotlight on Emerging Clinical Risks, Research Gaps, and Practice Priorities.
International Journal of Eating Disorders, 59(10), 2148-2152.
Cette publication analyse les risques potentiels liés aux médicaments GLP-1 chez les personnes présentant des troubles alimentaires. Elle insiste sur la nécessité d'identifier les TCA avant et pendant les traitements, ainsi que sur l'importance d'une surveillance pluridisciplinaire.
https://doi.org/10.1002/eat.70145
3. Emptage I. et collaborateurs (2026).
The effectiveness of glucagon-like peptide-1 receptor agonists (GLP-1RAs) on binge eating in patients with obesity: a systematic review and meta-analysis.
EClinicalMedicine, 98, article 104007.
Cette revue systématique et méta-analyse a regroupé 25 essais randomisés comprenant 8 069 participants. Elle rapporte une réduction de certains comportements d'hyperphagie, de perte de contrôle alimentaire et d'alimentation émotionnelle. Les auteurs soulignent cependant l'hétérogénéité des résultats et les limites méthodologiques des études.
https://doi.org/10.1016/j.eclinm.2026.104007
4. Wilding J. P. H. et collaborateurs (2021).
Once-Weekly Semaglutide in Adults with Overweight or Obesity.
New England Journal of Medicine, 384, 989-1002.
L'étude STEP 1, menée auprès de 1 961 adultes, a montré une réduction moyenne du poids de 14,9 % après 68 semaines avec le sémaglutide, contre 2,4 % avec le placebo. Ces résultats concernent l'efficacité du médicament dans la gestion médicale du poids et ne démontrent pas son efficacité comme traitement spécifique des TCA.
https://doi.org/10.1056/NEJMoa2032183
5. Jastreboff A. M. et collaborateurs (2022).
Tirzepatide Once Weekly for the Treatment of Obesity.
New England Journal of Medicine, 387, 205-216.
L'étude SURMOUNT-1, réalisée auprès de 2 539 adultes, a évalué les effets du tirzépatide dans le traitement de l'obésité. Les résultats montrent des réductions pondérales importantes selon les doses administrées. Cette recherche constitue une référence majeure concernant l'efficacité métabolique du tirzépatide, sans établir son efficacité spécifique dans les troubles des conduites alimentaires.
https://doi.org/10.1056/NEJMoa2206038
6. National Institute for Health and Care Excellence – NICE (2017, recommandations actualisées).
Eating Disorders: Recognition and Treatment. Clinical Guideline NG69.
Ces recommandations professionnelles précisent les modalités d'évaluation et de traitement de l'anorexie mentale, de la boulimie nerveuse et de l'hyperphagie boulimique.
Elles recommandent notamment des interventions cognitivo-comportementales adaptées aux troubles alimentaires (CBT-ED), avec un travail sur les habitudes alimentaires, les pensées dysfonctionnelles, les émotions, les comportements de compensation et la prévention des rechutes.
Elles rappellent également que la perte de poids ne constitue pas, en elle-même, l'objectif thérapeutique des TCC spécialisées dans l'hyperphagie boulimique.
https://www.nice.org.uk/guidance/ng69/chapter/recommendations
Source journalistique ayant inspiré cet article
France Culture (27 octobre 2026).
Ozempic, Wegovy, Mounjaro : une révolution éclipsée par leur détournement ?
Émission La Science, CQFD.
Cette émission aborde les avancées scientifiques liées aux nouveaux traitements du diabète et de l'obésité, ainsi que les interrogations suscitées par leurs usages détournés.
Précision scientifique
Les médicaments agissant sur les récepteurs du GLP-1 constituent une avancée importante dans la prise en charge de certaines maladies métaboliques. Cependant, leur efficacité sur la perte de poids ne doit pas être assimilée à une efficacité démontrée sur l'ensemble des mécanismes psychologiques des troubles alimentaires.
Les recherches récentes suggèrent des bénéfices possibles sur certains comportements d'hyperphagie, mais les preuves restent insuffisantes pour généraliser leur utilisation dans le traitement des TCA.
Les thérapies cognitives et comportementales spécialisées conservent une place importante dans les recommandations professionnelles, notamment pour l'hyperphagie boulimique et la boulimie nerveuse.
Bibliographie établie en octobre 2026 – Cabinet Flora Mentis – Florence Chatenet.
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